‹ Théâtre completChapitre 78 sur 149 · SCÈNE Y · texte numérisé non relu

SCÈNE Y

ROGER, UN Hdissibr, puis DCBOULOY.

ROGER, à l'Haissier.

Remettez celte liste aux huissiers de service dans l'antichambre, et qu'ils ne laissent entrer que les personnes dont les noms y sont inscrits; il y a exception en faveur de deux dames que présentera l'ambassadeur de France, (a Dabouioy, qui entre.) Ah I c'est toi, Dubouloy ! déjà en costume !

DUBOULOY.

Oui, mon ami. On nous promet du plaisir pour ce soir, et, ma foi, j'ai hâte de m'amuser ; car je te confesse que je m'ennuie cruellement dans la capitale de toutes les Espagnes.

ROGER

Comment! toujours?

DDBOULOY.

Plus que jamais. Oh ! mon ami que la Péninsule est mal connue et qu'on en fait de faux récits! A entendre ceux qui en reviennent, un joli garçon, un homme bien tourné, un cavalier élégant, ne peut pas faire un pas dans la rue sans être suivi par une duègue qui lui remet un billet de la part de sa maîtresse, ne peut pas lever le tète vers une fenêtre sans voir une main qui passe à travers une jalousie, ne peut pas, en se pro'.nenant au Prado, baisser les yeuy sur un banc sans y trouver un éventail oublié à dessein, ei qui attend qu'on le rapporte à sa jolie propriétaire. Les infâmes menteurs!... Moi, je pars pour l'Espagne, de confiance, sur ce que les voyageurs en disent; dès le jour de mon arrivée, je me lance dans les rues de Madrid ; je regarde à toutes les fenêtres; je m'assieds sur tous les bancs... Eh bien, mon ami,

pas une duègue, pas une main, pas un éventail!... Ce t monstrueux, parole d'honneur ! On dirait que je suis un croquant!... Aussi, à mon retour en France, je t'en préviens, Saint-Hérem, je déshonore l'iilspagne... Sais-tu qu'il y a des moments où j'en suis presque à regretter ma femme ?

BOCER.

A propos, en as-tu reçu des nouvelles, de ta femme ?

DUBOULOY.

Non ; seulement, j'ai reçu une lettre de mon père.

ROGËB.

Et que te dit-il de nouveau ?

DUBOULOY.

Rien de nouveau. Toujours en colère!... toujours la même indignation contre moi !...

ROGER

Oh! il se calmera.

DUBOULOY.

Il m'annonce, en outre, qu'il cherche le moyen de faire rompre le contrat par lequel il m'assurait cinquante mille livres de rente, et qu'il espère réussir!... iMais conçois-tu qu'il ne veuille pas croire un mot de mon aventure?

ROCEU.

Que veux-tu ! c'est de l'entêtement. Et la famille?

DUBOULOY.

Quelle famille?

ROGER

La famille de l'autre ?

DUBOULOY.

Oh ! mon ami, ne m'en parle pas, elle fait des cris de paon. Le père, les frères et les trois cousins sont en quête de ton serviteur. Imagine-toi qu'ils sont venus en masse à l'hôtel ; on leur a dit que je n'y étais pas, que j'étais parti... Tarare! ils n'ont pas voulu en croire Boisjoli sur parole. Ils ont forcé la porte, ils ont fouillé tous les coins, ils ont été regarder jusque sous les lits. Te figures-tu, six, mon cher, six que j'aurais été obligé de tuer d'abord... Et remarque bien qu'il n'y avait là que les parents de Paris ; la province n'est pas encore prévenue. Et toi, as-tu reçu des nouvelles de ta femme, ou dû ses frères, ou de ses cousins, ou de ses neveux?

ROGER

Non ; Charlotte n'a pas de famille, elle.

DDBOL'LOV.

Je ne sais pas comment tu fais, toi : tu as un bonheur!..,

ROGER

Ah! oui, un bonheur! le mot est bien choisi.

DUBOl'LOV.

Au fait, j'oubliais... Le roi de France est donc toujours furieux ?

Plus que jamais; que veux-tu ! quand on a un jésuite pour confesseur et une prude pour maîtresse, on ne pardonne pas facilement.

DUBOULOV.

Ainsi tes biens...?

ROGER

Séquestrés, mon cher, sans miséricorde ; quant à moi, consigné à la frontière, et cela, tant que je n'aurai pas réparé mes torts d'époux envers madame de Saini-IIércm, comme j'ai réparé raes torts d'amant envers mademoiselle de Mérian. Oh ! madame de Maintenon y met de l'obstination.

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