SCÈNE VI
Les Mêmes, LE DUC D'HARCOURT.
LE DUC
Que vais-je vous dire, messieurs ?
ROGER
Quelles sont ces dames que vous avez présentées au roi ?
LE DUC
Je vous cherchais tout exprès pour cela.
ROGER
out exprès?
LE DUC
D'honneur.
DUBOULOY.
Oh ! c'est bien aimable à vous, monsieur le duc.
LE DUC
Cependant je vous avouerai que la confidence est bien sérieuse pour être faite au milieu d'un bal.
ROGER
Bah! il s'agit de politique?
LE DUC. 1
Justement.
DUBOULOT.
Ces danois ont une mission?
L£ DUC
Des plus importantes !
ROGER
Une mission importante confiée à la discrétion de deux femmes, cela me paraît assez imprudent de la part du gouvernement qui les en a chargées.
LE DUC
Elles l'ignorent elles-mêmes.
DUBOULOY.
Alors elles arrivent ici... ?
LE DUC
Sans savoir ce qu'elles y viennent faire.
DUBOULOY.
C'est fort drôle!... je trouve cela drôle!
ROGER
Et vous nous le direz, à nous, ce qu'elles viennent faire?
LE DUC
Oui; car vous êtes de véritables amis du roi Philippe V, n'est-ce pas, de fidèles sujets du roi Louis XI V.^
ROGER
Sans doute.
LE DUC
Eh bien, on s'inquiète, à Versailles, de l'influence énorme que madame des Ursins a déjà prise sur le jeune roi.
Vraiment !
LE DUC
On craint que madame des Ursins ne soit dans les intérêts de l'Autriche; comprenez-vous?
DUBOULOY.
Bah!
LE DUC
Et, comme on sait qu'il n'y a pas de conseils, si sages qu'ils soient, qui puissent éclairer un homme qui est amoureux, il a été résolu...
ROGER
Que l'on combattrait l'amour par l'amour?
LE DUC
Justement. Et, à cet effet, on a dépêché au roi deux femmes charmantes, afin que, s'il échappe à l'une, il tombe dans les mains de l'autre.
ROGER
Prenez-y garde, monsieur le duc! si les femmes se mettent à faire de l'intrigue, cela fera concurrence à ceux qui font de la diplomatie.
Silence ! voici le roi.
DTJBOCLOy.
Avec ces deux dames?
LE DOC
Avec elles. Messieurs, pas un mot!
ROGER
Oh!...