SCÈNE VIII
DUBOULOY, LOUISE.
LOUISE
Tiens! c'est vous, monsieur Dubouloy ï
DUBOULOY.
Iklademoiselle...
LOUISE
Enchantée de vous voir, monsieur Dubouloy... Ah! c*e8t bien aimable à vous d'être venu nous faire une petite visite... DUBOULOY, saluant.
Mademoiselle...
Asseyons-nous donc, je vous prie.
DUBOULOY.
Avec grand plaisir.
LOUISE
Enfin, vous voilà donc !
DUBOULOY.
Comment donc, mademoiselle! mais vous deviez bien vous douter qu'en apprenant votre présence inattendue à Madrid, je m'empresserais...
174 THÉÂTRE COMPLET d'ALEX. DUMAS
LOUISE
De partir pour la France... Je connais vos habitudes, mon- | sieur Dubouîoy. f
DUBOULOY.
Oui, je comprends, vous faites allusion... Mais les circonstances étant changées... (a part.) Elle ne répond rien... (Haut.) 1 Les positions n'étant plus les mêmes... (a part.) Elle ne répond ! rien encore... (Haut.) Vous comprenez que je n'avais plus de | motifs... C'est un beau pays que l'Espagne, n'est-ce pas, mademoiselle .=*
LODISE.
Mais oui, du moins jusqu'ici il m'a paru charmant; des cavaliers pleins de galanterie, des femmes délicieuses,
DUBOULOY.
Oh! les femmes, les femmes! voyez-vous, ne parlons pas des Espagnoles devant les Françaises... Moi, ce que je sais, c'est qu'il n'y a pas une Espagnole, fût-elle de Séville ou de Cadix, fût-elle Navarraise ou Grenadine, qui puisse faire oublier nos ravissantes Françaises; il n'y a que les Françaises mademoiselle, il n'y a que les Françaises!
LOUISE
Mais je ne vous reconnais plus, monsieur Dubouîoy; vous êtes d'une galanterie...
DUBOULOY.
Vous m'avez si peu vu... Mais, je l'espère, maintenant, mademoiselle, nous nous verrons davantage, si vous restez à Madrid surtout. Restez- vous à Madrid.^
LOUISE
Mais oui!... le roi a été très-bon pour nous. M
DUBOULOY.
Le roi!... quel charmant cavalier, n'est-ce pas? C'est l'hommt le plus élégant, le plus poli du royaume.
LOUISE
Et le plus galant, j'en suis certaine.
DUBOULOY.
Ah! il a été avec vous...?
LOUISE
D'une galanterie charmante.
DUBOULOY.
Il est ainsi près de toutes les jolies femmes... Vous ne devez donc pas vous étonner, mademoiselle.
Ah çà! monsieur Dubouloy, je vous demande bien pardon, mais je remarque que, depuis le commencement de notre conversation, vous commettez l'erreur de m'appeler mademoiselle.
DUBOULOY.
Je commets l'erreur, dites-vous ?
LOUISE
Sans doute....? Est-ce que vous auriez oublié, par hasard...?
DUBOULOY.
Quoi.'
LOUISE
Certaine nuit de la Bastille, pendant laquelle vous m'avez fait l'honneur de me prendre pour femme?
DUBOULOY.
Et vous, mademoiselle, est-ce que vous auriez oublié certain bref arrivé de Rome?
LOUISE
Quel bref?
DUBOULOY.
Le bref du pape.
LOUISE
Quel pape?
DUBOULOY.
Eh bien, mais... le pape... le saint-père... Sa Sainteté... H n'y a qu'un pape, enfin...
Ahl oui...
DUBOULOY.
Allons donci
LOUISE
Le bref qui casse le mariage de M. de Saiut-Hérem et de mademoiselle de Mérian?
DUBOULOY.
Oui.
LOUISE
Mais quel rapport?
DUBOULOY.
Comment! quel rapport?...
LOUISE
Sans doute; cela ne nous regarde pas, nous.
176 THÉÂTRE COMPLET d'ALEX.
DUBOULOV.
Comment, cela ne nous regarde pas?
LOUISE
Non.
DCBOULOY.
Nous ne sommes pas compris dans le même bref?
Non.
DCBOULOY.
On n'a pas fait la même demande pour nous que pour eux'
LOUISE
Oh! si fait...
DUBOULOY.
Ah!... (a part.) Elle me fait des peurs!... (Haut.) Eh bien?
LOUISE
Eh bien, le pape a répondu que ces ruptures-là étaient bonnes pour des gens de noblesse qui pouvaient avoir des causes graves... des motifs sérieux de briser une union mal assortie, soit comme position, soit comme caractère... mais que, des causes pareilles, des motifs semblables n'existant pas pour nous autres gens de finance,... notre mariage...
DUBOULOY.
Notre mariage?...
LOUISE
Notre mariage était maintenu .
DUBOULOY.
Notre mariage est maintenu!... (Pren»nt son chapeau.) Mademoiselle, vous comprenez que, du moment que c'est à madame Dubouloy que j'ai l'honneur de parler...
LOUISE
Eh bien, monsieur?
Cela change entièrement notre position respective... Souffrez donc que je prenne congé de vous...