ACTE I, SCENE II
CLÉMENCE
Elle en fait des manières, celle-là !
LOUISE
Autant que sa maîtresse.
La belle madame Baudrin.
LOUISE
On disait la belle Simone, l'an dernier. Cette année-ci, on dit la belle madame Baudrin, parce que, dans l'intervalle, un imbécile lui a laissé trois millions en mourant.
CLÉMENCE
C'est ce qu'on peut appeler une belle mort.
LOUISE, à Clémence, désignant Joséphine.
Regardez-moi cette fille-là... De quoi a-t-elle l'air?
CLÉMENCE
Elle a lair d'une personne qui a passé la nuit à courir.
LOUISE, élevant la voix.
Eh bien ! Joséphine, vous n'avez pas honte de dormir à cinq heures de l'après-midi ?
JOSÉPHINE, s'étirant.
C'est vrai que je dormais... J'étais môme en train de rêver que je tombais, que je tombais...
CLÉMENCE
A quelle heure vous êtes-vous couchée?
JOSÉPHINE
A quatre heures du matin.
Vous vous abîmerez la figure, à cette vie-là, et vous vous ruinerez la santé.
CLEMENCE
Et qu'est-ce que vous avez fait, pour vous coucher si tard?
JOSÉPHINE
Nous sommes allés souper, Henri et moi.
CLÉMENCE
Où cela, si je ne suis pas indiscrète ?
JOSÉPHINE
Chez une dame de nos amies qui pendait la crémaillère.
CLÉMENCE
Une cocotte, probablement.
JOSÉPHINE
Une femme entretenue, ce qui n'est pas la même chose.
CLÉMENCE
Gomment s'appelle-t-elle?
JOSÉPHINE
Laure... Laure de...
LOUISE
Vous ne savez même pas son nom !
Je l'ai oublié... Ça n'empêche pas que nous nous sommes amusés follement.
CLÉMENCE
Je suis sûre, Joséphine, que cette existence vous plairait?
JOSÉPHINE
Beaucoup. J'aimerais avoir un appartement superbe, ou même un petit hôtel, avec une voiture, et des robes de deux à trois mille francs.
LOUISE
Vous raisonnez comme une ouvrière d'il y a trente ans. Vous êtes vieux jeu, ma chère!