ACTE I, SCÈNE II
CLÉMENCE
Et vous a-t-il parlé, ce monsieur très bien ?
JOSÉPHINE
Il ne m'a pas parlé, parce que j'étais avec
Henri. (Elle est à ce moment près de la devanture et regarde
dans la rue.) Ah ! par exemple !
LOUISE
Eh bien ! qu'y a-t-il ?
JOSÉPHINE
Le voilà encore... Je le reconnais... Oh! c'est bien lui.
(Elle se redresse.)
LOUISE
Ne vous pavanez donc pas comme ça devant la fenêtre. Ma parole ! vous êtes indécente !
JOSÉPHINE, se reculant un peu.
Il regarde par ici.
(Elle s'éloigne après avoir jeté un dernier coup d'œil.)
N'ayez donc pas peur ; s'il veut vous retrouver, il vous retrouvera.
JOSÉPHINE, avec dignité.
Et surtout, si moi je le veux.
LOUISE
Ohî...
CLÉMENCE
Et ce pauvre Henri, qu'est-ce qu'il deviendrait dans cette combinaison?
JOSÉPHINE
Il est convenu avec lui que, du jour où je trouverais une situation, on se quitterait comme de bons amis.
CLÉMENCE
On n'est jamais si bons amis que quand on se quitte.
LOUISE, avec ironie.
Ce que je vois de plus clair là dedans, c'est que Joséphine va rouler carrosse.
JOSÉPHINE
Vous seriez bien étonnées, mesdemoiselles!
En aucune façon. Vous êtes assez jolie pour tourner la tête à quelqu'un.
CLÉMENCE
Certes!... J'espère que vous reviendrez voir vos anciennes camarades?
JOSÉPHINE
Moquez-vous de moi. Je suis bonne lille.
LOUISE, venant vers elle.
Ma chère petite, je vais vous parler sérieusement, maintenant. Vous êtes dans une très mauvaise voie. Vous croyez encore aux gens qui viennent mettre leur fortune aux pieds de la femme aimée? Il n'y en a plus. Il n'y a plus que des boursiers qui vous paient tout juste à souper, ce qui est très fatigant, et des gommeux qui mettent leur amour-propre à ne pas vous offrir seulement un chapeau. Résignez-vous à rester ici. Le métier n'est pas mauvais, on gagne sa vie; nous avons une patronne intelligente et pas rosse du tout... Contentez-vous donc de cela, ma chère; c'est un conseil d'amie que je vous donne.
Charlotte a ouvert la porté de droite: elle entre en entendant ces derniers mots.