‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 209 sur 288 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

CHARLOTTE

A quoi, mon Dieu ?

A des détails... Ainsi, quand j'ai commencé à m'occuper de vos affaires, il y a un mois, est-ce que je vous ai demandé une provision?

CHARLOTTE

Une provision ?

CHANTEREAU

De l'argent d'avance... Je ne vous en ai pas demandé, n'est-ce pas?

CHARLOTTE

C'est vrai.

CHANTEREAU

Un homme d'affaires qui ne demande pas d'argent d'avance, rien que cela aurait dû vous donner une indication.

CHARLOTTE

Mon pauvre monsieur Ghantereau, il n'y a qu'un obstacle à ce beau projet : c'est que je ne veux pas me marier.

CHANTEREAU

Laissez-moi ajouter un mot... Je connais votre existence à fond; vous n'auriez pas grand'chose à me cacher.

CHARLOTTE

Est-ce que vous seriez de la police?

CHANTEREAU

Si j'étais de la police, je ne saurais rien. J'ai pris des informations sur vous, ce n'était pas bien difficile. Vous êtes une très brave personne. A vingt ans, vous habitiez les Batignolles avec vos parents qui étaient vieux et qui sont morts. Vous avez été séduite par un employé de la place Glichy, avec qui vous avez vécu cinq ans ; il vous

a quittée. Depuis, vous vous êtes très bien conduite et vous n'avez pas pris d'amant. Vous avez travaillé de votre état. Il y a deux ans, une cousine éloignée vous a laissé quelques billets de mille francs. Vous avez monté un magasin de fleurs; mais vous avez fini par manger vos capitaux. Aujourd'hui vous êtes à la veille de liquider et de vous trouver sans ressources, obligée de retravailler de vos dix doigts... Réfléchissez donc bien avant de me répondre définitivement.

CHARLOTTE

Oh ! c'est tout réfléchi.

CHANTEREAU

Vous refusez ?

CHARLOTTE

En vous remerciant de la bonne opinion que vous avez de moi, cependant.

CHANTEREAU

Vous avez le plus grand tort de refuser. Entre autres avantages pratiques, ce mariage aurait celui de vous éviter une folie... une folie que vous êtes sur le point de commettre.

Moi?

CHANTEREAU

Vous.

CHARLOTTE

Et en quoi consisterait cette folie ?

GHANTEREAU.

Elle consisterait à devenir la maîtresse de monsieur Julien Bréard, avocat, demeurant au quatrième étage de cet immeuble, trois étages au-dessus du vôtre.

CHARLOTTE

Il paraît que vous avez pris aussi des renseignements sur monsieur Bréard ?

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