‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 23 sur 288 · SCENE X Les Mêmes, LUCIENNE · texte numérisé non relu

SCENE X Les Mêmes, LUCIENNE

LUCIENNE

Messieurs... Bonjour, vous... Maman n'est pas avec vous ?

DENOIZEAU.

Elle va revenir... Et cet excellent Bridel ?

LUCIENNE

Il est en haut; il s'habille.

fDenoizeau se met à couper les pages des livres qu'il a apportés tout à l'heure. Lucienne et Edmond vont causer à l'autre bout de la scène.)

EDMOND

Que vous êtes jolie, ce soir, madame, délicieusement jolie !...

LUCIENNE

Ne me dites donc pas de banalités.

Vous avez raison... Jolie n'est pas le mot. Vous êtes inquiétante.

LUCIENNE, montrant Denoizeau.

Faites attention.

EDMOND

Oh ! rien à craindre. Il pense à Antonia. (Lucienne

va s'asseoir sur unpetit canapé, h gauche. Edmond se place derrière, légèrement penché.) Ah! Lucienne, Lucienne, quand pourrai-je vous parler de mon amour ailleurs que dans un salon... quand? Dites-moi quand ?

LUCIENNE

Je n'en sais rien. Jamais, peut-être..

EDMOND

Ne prononcez pas un mot pareil, Lucienne... Songez que voilà deux mois que je vous adore!...

LUCIENNE

Qu'est-ce que deux mois?... Quelques heures, quelques instants...

EDMOND

Des heures interminables, lorsqu'on aime...

Pensiez-vous, par hasard, que j'allais accepter un rendez-vous, sous prétexte que vous m'aimiez?

EDMOND

Oh! non, certes... Vous ai-je demande' une chose aussi vulgaire?

LUCIENNE

C'est que, mon ami, je ne suis pas de ces femmes pour qui l'amour n'est qu'une distraction légère...

EDMOND

Nous avons exactement la même manière de voir...

LUCIENNE

Si j'aimais un jour, j'aimerais avec une passion sans bornes et sans frein... Et si je me décidais à oublier mes devoirs, ce serait fini : jamais plus je ne me les rappellerais...

EDMOND

Ne sentez-vous pas, Lucienne, que c'est justement un de ces amours-là que vous m'avez inspiré ?...

LUCIENNE

Soyez prudent, je vous en prie...

EDMOND

Je ne le peux pas, Lucienne. Quand je pense que je ne vous ai encore embrassée qu'une fois

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