ACTE II, SCÈNE VI
JOSÉPHINE
Vous-même!... Mais il faut me tutoyer comme autrefois... Si! si!... Et vous, cane vous ennuie pas que je continue à vous appeler patronne?
CHARLOTTE
Au contraire. Assieds-toi donc... Tu as une jolie robe !
JOSÉPHINE
N'est-ce pas? Oh! je suis très heureuse! Et vous aussi, j'espère ?
CHARLOTTE
Très heureuse.
JOSÉPHINE
Et vous, mademoiselle Geneviève ?
GENEVIÈVE
Moi aussi.
JOSÉPHINE
Alors, tout va bien !... Au fait, patronne, je ne vous dis pas comment j'ai su votre adresse et ce qui vous était arrivé...
CHARLOTTE
Et comment?
JOSÉPHINE
C'est Clémence et Louise, que j'ai rencontrées un jour... Nous sommes allées toutes les trois goûter chez un pâtissier... et elles m'ont donné de vos nouvelles. C'est comme ça quej'ai su toute l'histoire.
CHARLOTTE
Quelle histoire, mon Dieu?
JOSÉPHINE
Dame!... que vous vous étiez retirée des affaires... et puis...
CHARLOTTE
Et puis quoi ?
JOSÉPHINE
Et puis... M. Bréard... Elles se sont peut-être trompées ?
CHARLOTTE
Mais non, Joséphine, ces demoiselles ne se sont pas trompées. Elles étaient bien renseignées.
JOSÉPHINE
Ah! tant mieux! 11 est gentil, monsieur Bréard. Vous faites bon ménage, je suis sûre.
CHARLOTTE
Excellent.
JOSÉPHINE
Dites donc, au fait, il n'y a pas d'erreur, il est bien avocat, monsieur Bréard?
Mais certainement, il est avocat.
JOSÉPHINE
C'est ce qui me semblait.
CHARLOTTE, riant.
Aurais-tu un procès, par hasard ?
JOSÉPHINE
Pas moi : Edmond.
CHARLOTTE
Qui est Edmond ?
JOSEPHINE
Tourneur... vous savez?
CHARLOTTE, civcmeut.
Monsieur Tourneur?
JOSÉPHINE
Oui, il a un procès... Des journalistes qui ont insulté sa famille... je ne me rappelle pas exactement... Il voudrait prendre un grand avocat, le
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plus grand... je ne sais pas qui c'est. Je lui ai dit : « Mon petit, j'ai ton affaire; tu vas prendre un avocat que je connais et qui venait au magasin... (A Charlotte.) C'est pour ça que je vous demandais tout à l'heure s'il n'y avait pas d'erreur.
Oui... oui... continue... Qu'a répondu monsieur Tourneur?
JOSÉPHINE
D'abord, il n'a pas voulu. Il ne connaissait pas monsieur Bréard.
CHARLOTTE
Il le connaissait au moins de nom, je suppose ?
JOSÉPHINE, pour ne pas froisser Charlotte.
Oh! ça, certainement... il le connaissait beaucoup de nom... Mais il avait une autre idée... Enfin, j'ai insisté... j'ai même exigé... parce que je pensais : « Ça fera plaisir à la patronne. »
CHARLOTTE, prenant la main de Joséphine.
Que tu es gentille, ma petite Joséphine!... Certes oui, ça me fait plaisir! (A Geneviève.) N'est-ce pas, Geneviève, que c'est tout plein gentil, ce qu'elle a fait là?
GENEVIÈVE
Certainement. Ça prouve un très bon cœur.
JOSÉPHINE
Alors, Tourneur va venir dans un instant.
CHARLOTTE
Aujourd'hui?
JOSÉPHINE
Nous avons pris rendez-vous ici. Il est allé chez son avoué... Oh! ça ne traînera pas! Il est furieux!
CHARLOTTE, à Geneviève.
Quelle chance pour Julien! Tu ne trouves pas?
GENEVIÈVE
C'est une grosse chance. Un procès contre des journalistes, ça fait toujours beaucoup de bruit. On en parle dans les journaux, naturellement...
CHARLOTTE, à Joséphine.
Je te remercie encore, tu sais...
JOSÉPHINE
Vous êtes contente, alors?... Eh bien! c'est comme moi!... D'abord, ça me procure le plaisir de vous revoir... et j'espère que ça ne sera pas la dernière fois.
CHARLOTTE
Certes non!... Pourvu que Julien rentre assez tôt pour voir M. Tourneur! Il est allé au Palais.
JOSÉPHINE
On fera attendre Edmond.
CHARLOTTE
Tu crois ?
JOSÉPHINE
Nous attendrons avec lui. Vous ferez sa connaissance.
CHARLOTTE
Quel homme est-ce ?
JOSEPHINE
Tout ce qu'il y a de plus chic !
CHARLOTTE
Mais comme caractère ?
JOSÉPHINE
C'est un bon garçon, tout rond ; il tutoie tout le monde, et avec ses millions il ne demande qu'à s'amuser. Seulement, il n'aime pas qu'on