ACTE II, SCÈNE VI
l'embête, et il est très roublard sous son air bon enfant... Moi, j'en fais tout ce que je veux.
CHARLOTTE
Et tu te plais avec lui?... Tu aimes cette vie-là?
JOSÉPHINE
C'était mon rêve. D'ailleurs Edmond se conduit admirablement avec moi.
CHARLOTTE
Et toi, de ton côté, j'espère ?...
JOSÉPHINE
Il n'a pas ça à me reprocher... Et puis on ne se quitte presque pas; il est plus souvent chez moi que chez lui.
CHARLOTTE
Allons! te voilà tout à fait lancée. Quel genre de monde fréquentes-tu?
JOSÉPHINE
Des gens très bien... Connaissez-vous Sigismond?
CHARLOTTE
Non.
JOSÉPHINE
Ni Poussier?... Ni Lebrancard?...
CHARLOTTE
Comment veux-tu?...
JOSÉPHINE
Ce sont des amis d'Edmond. Ils ont été charmants pour moi.
CHARLOTTE
Et comme femmes ?
JOSÉPHINE
Des masses... Germaine, Toto, Isabelle, la mère Plesnois... Et puis, j'oubliais, la belle Si-
mone, leur passion à tous! Mais vous ne connaissez qu'elle!
CHARLOTTE
Je connais Simone, moi?
JOSÉPHINE
C'est madame Baudrin, notre ancienne cliente.
CHARLOTTE
Ah bah ! Je crois bien que je me la rappelle ! Gomment ! elle va?...
JOSÉPHINE
Oui. Vous pensez que j'ai été aussi étonnée que vous en la voyant à tu et à toi avec Toto. Quand je lui vendais des fleurs, je croyais que c'était une grande dame. Et il faut entendre ces messieurs ! Lorsqu'ils ont dit Simone Baudrin, ils ont tout dit. Dans les premiers temps, Tourneur lui-même, qui n'est pourtant pas bête, me répétait du matin au soir : « Consulte Simone... Adresse-toi à Simone... Habille-toi comme Simone... » Ça devenait une scie! J'ai fini par lui faire comprendre qu'en matière de toilette, je n'avais besoin des conseils de personne.
GENEVIÈVE
Dites-moi, mademoiselle Joséphine, quand vous avez passé brusquement de la situation où vous étiez à celle où vous êtes maintenant, vous n'avez pas été un peu... ahurie?
JOSÉPHINE
Un petit peu, dans les commencements. Mais je m'y suis habituée tout de suite.
GENEVIÈVE, riant.
Hein! Je crois que vous ne redeviendriez pas facilement une petite ouvrière?