ACTE II, SCÈNE X
JULIEN, affectueusement.
Ça ne se demande pas !
(Ils se serrent encore une fois la main.)
Vous verrez, je ne suis pas aussi banal que j'en ai l'air. Je sais faire la différence entre les gens, et vous êtes plus fort à vous tout seul que tous les fumistes que j'ai consultés jusqu'ici.
JULIEN
Vous êtes bien aimable.
TOURNEUR
Maintenant, à nous deux!... Comment se fait-il que vous ne soyez pas plus...f/J s'arrête.) Dites donc, on peut vous parler franchement?
JULIEN
Il le faut.
TOURNEUR
Gomment se fait-il que vous ne soyez pas plus connu que vous ne l'êtes?... Ça ne vous froisse pas que je vous dise ça?
JULIEN
Du tout. C'est bien simple : j'ai horreur de plaider pour n'importe qui et de courir le client.
TOURNEUR
Vous devez parler très bien !
JULIEN
Heu...
TOURNEUR
Si... si... on devine ça... Vous avez la voix, le geste... On ne vous épaterait pas facilement... C'est fâcheux que vous ne fassiez pas de politique!
JULIEN
Je n'attends que l'occasion.
TOURNEUR
Vous voyez, je devine... Ce cher ami! Est-ce que vous avez l'intention de vous présenter quelque part, aux prochaines élections?
JULIEN
Dans mon pays... la Nièvre.
TOURNEUR
La Nièvre... Il me semble que je connais un député de ce pays-là... Est-ce que Pétrel n'est pas de la Nièvre ?
JULIEN
C'est contre lui que je me présenterai.
TOURNEUR
Ah', ah ! elle est bonne !... Ce vieux Pétrel !... Mais vous serez nommé, cher ami ! C'est un imbécile, Pétrel !
JULIEN
Il n'est pas fort, c'est vrai.
TOURNEUR
C'est une brute ! Je suis très bien avec lui ! mais il n'en faut plus à la Chambre.
JULIEN, riant.
Il nous embête !
TOURNEUR, riant plus fort.
Il nous rase !... Et puis, il ne parle jamais !
JULIEN
Qu'est-ce que ce serait, s'il parlait?
TOURNEUR
Oui!... Dites donc, Bréard, moi je n'y vais pas par quatre chemins avec les gens qui me plaisent. Si on se tutoyait?
JULIEN
Ça me paraît indispensable.