ACTE III, SCÈNE VI
JULIEN
Vous n'êtes pas gentille!
SIMONE
Mais... c'est vous qui êtes étonnant! Vous n'avez pas l'air de vous rappeler que vous avez emmené une maîtresse à Trouville, et vous me proposez... Au fait, qu'est-ce que vous me proposez?
JULIEN
J'espérais m'être fait comprendre.
SIMONE
Oui... oui... je vous embarrasse... Alors...
JULIEN
Pas du tout, vous ne m'embarrassez pas.
SIMONE
Vous n'allez pas nier que vous ayez une maîtresse?
JULIEN
Je ne le nie pas.
Et que vous l'aimez ?
JULIEN
J'ai beaucoup d'affection pour elle.
SIMONE
Et pour moi, qu'est-ce que vous avez ?
JULIEN
J'ai d'autres sentiments. J'ai le désir continuel, la pensée toujours avec vous; votre image, vos lèvres toujours devant les yeux. J'ai la jalousie. J'ai l'amour, enfin !
(Entre Charlotte.)
CHARLOTTE
Tu n'as pas vu mon boa ?
JULIEN
Tiens ! (Il le lui donne.) (Sort Charlotte.)
SIMONE
Voulez-vous me passer aussi mon manteau?...
(Pendant que Julien lui met le manteau sur les épaules.)
Et Charlotte ?... Vous ne la désirez pas? ou vous ne la désirez plus?
JULIEN, hésitant.
Non.
Alors, vous allez la quitter?
JULIEN
Charlotte?... Mais non... je ne vais pas la quitter...
SIMONE
Vous n'allez pas la quitter ?
JULIEN
Non...
SIMONE
Ah ! très bien !... Je vois ce que vous me proposez, maintenant, je le vois à merveille ! Vous me proposez de vous divertir quelques instants avec moi. Merci, trop aimable!... Ah çà ! pour qui me prenez-vous? Comment! vous supposez que moi je consentirai jamais à être la seconde maîtresse d'un monsieur ! Pourquoi pas entrer dans un harem? Mais, mon cher, jamais je n'accepterai une situation pareille ! jamais ! Vous entendez: jamais! serais-je amoureuse à en perdre la tête !
JULIEN
Vous m'aimez donc un peu?... C'est vrai, dites, Simone?
SIMONE
Peut-être.
JULIEN
Et moi, je t'adore, je suis fou !