‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 267 sur 288 · ACTE III, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VIII

JULIEN

Mais non...

Si. Je m'en rends compte, quoique je ne sois pas très au courant de ces choses-là. Tu vas entrer dans un milieu différent, faire des relations nouvelles. Il n'est pas possible que ton avenir ne commence pas à te préoccuper.

JULIEN

Il ne me préoccupe pas du tout. Notre avenir se prépare en dehors de nous, et il n'y a qu'à l'accepter quand on nous le signifie. C'est parce que la petite Joséphine aura rencontré un jour Tourneur, avenue de l'Opéra, que je serai nommé député, et, en supposant que je rende plus tard des services à mon pays, c'est à Joséphine que mon pays le devra, et ils ne s'en douteront ni l'un ni l'autre !

CHARLOTTE

Ça me navre toujours de t'entendre parler ainsi... Oui... oui... parce que tu raisonnes de la même façon pour nous, pour notre liaison, pour notre amour. Pour toi, il n'y a dans la vie que des hasards. C'est par hasard que tu m'as prise, et tu me gardes parce que ça se trouve comme ça! Mais tu ne t'es jamais demandé si tu m'aimerais encore demain; tu n'as jamais vu au delà de la nuit que tu passais avec moi; et, quand tu aimeras une autre femme, tu te diras encore : « C'est le hasard ! » et tu ne résisteras pas.

JULIEN

Mais voilà la question : je n'aime pas une autre femme.

CHARLOTTE

Si!

JULIEN

Moi, j'aime une autre femme?...

Oui... oui!

Laquelle?

Simone !

CHARLOTTE

JULIEN

CHARLOTTE

JULIEN

Mais non, je n'aime pas Simone; je ne l'aime pas. Nous avons déjà eu tout à l'heure une conversation à son sujet, ici même. Il n'y a rien eu de changé depuis.

CHARLOTTE

Tout à l'heure j'étais plus calme, parce que je ne vous avais pas vus ensemble depuis hier; je ne pensais plus à la manière dont tu lui souris, dont tu lui parles... Tiens ! quand je suis entrée ici il y a cinq minutes, j'ai surpris vos yeux en flagrant délit !

JULIEN

Ma petite Charlotte, c'est absurde, absurde! Nous causions politique, je lui disais des banalités.

CHARLOTTE

Ce que tu lui disais, je l'ignore. Mais tu devais lui dire des choses qui m'auraient tordu le cœur, probablement, si je les avais entendues! Ces choses-là, d'ailleurs, il n'y a pas besoin de les entendre. On peut même en douter encore quand on les entend; mais quand on ne les entend pas, on en est sûr! Et puis, j'en avais le pressentiment depuis longtemps, depuis le premier jour que Tourneur est venu à la maison. Elle nous a rejoints au café-concert. Oh! tu te rappelles... Eh bien ! ce soir-là, quand elle s'est tournée vers toi, j'en ai eu la gorge sèche!... Enfin tu es son amant, ou tu vas l'être, je ne peux pas y échapper !...

JULIEN

Tu ne sais pas ce que nous allons faire. Chai-

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