‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 268 sur 288 · ACTE III, SCENE VIII · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE VIII

lotte?... Nous allons garder cette petite querellelà pour tout à l'heure, quand nous serons chez nous, dans notre chambre.

CHARLOTTE

Et alors, au premier mot, tu me prendras dans tes bras, je perdrai la tète, et ce sera à recommencer le lendemain... Non ! je ne veux pas !

JULIEN

Tu tiens à ce que nous nous fassions une scène devant cinquante personnes!... Si tu y tiens, dis-le tout de suite !

CHARLOTTE

Ils s'occupent bien de nous, tous ces gens-là ! Ils jouent, ils rient, ils s'amusent! Ça leur est bien égal ce que nous disons ! . . . Julien ! Julien ! . . ayons une minute de franchise, de profonde franchise ! Une union comme la nôtre ne peut pas durer dans le mensonge. Nous nous sommes donnés trop librement, sans arrière-pensée, sans hypocrisie, et ce serait insensé, vois-tu, maintenant, de nous duper et de nous tricher... Je suis prête atout! je préfère tout à la situation équivoque où nous sommes, où je devine que nous sommes avec cette femme entre nous !...

JULIEN

Que veux-tu que je réponde à des enfantillages pareils ? Je suis désarmé ! Tu me reproches des coups d'œil, des sourires, des pressentiments! Il n'y a pas de défense possible ! nous sommes dans le vague ! Pense ce que tu voudras...

CHARLOTTE

Je t'en supplie, ne t'en tire pas avec de l'adresse, avec des détours ! Tu dois comprendre ce que je souffre pour te parler comme je le fais!... Réponds-

moi quelque chose de précis, et net, quelque chose de digne de nous î

JULIEN

Charlotte, j'ai pour toi une tendresse, une affection infinies ; tu le sais, tu n'as pas le droit d'en douter; je t'en ai donné des preuves, tandis que tu n'as aucune preuve contre-moi, aucune de sérieuse... Mais je suis obligé, entends-tu, et je profite de cette occasion pour te le dire une fois pour toutes, je suis absolument obligé, sous peine de renoncer à toute ambition, de rester dans ce monde des amis de Tourneur où nous avons été conduits par hasard, qui ne me plaît pas plus qu'à toi, mais qui représente une influence et des relations dont j'ai besoin. Et si j'y reste, je suis obligé aussi de m'y conduire avec intelligence, avec souplesse, de m'y faire des amis, hommes et femmes... mais oui, hommes et femmes... Ce n'est pas parce que tu me verras causer avec l'une dans un coin, sourire à l'autre, que tu pourras m'accuser de trahison, de déloyauté, de mensonge! C'est comme ça... c'est comme ça!

CHARLOTTE

Ce que je vois de plus clair, c'est que je vais te gêner horriblement, moi, dans toutes ces opérations !

JULIEN

Non, parce que tu as du bon sens. Parce que tu comprendras que nous ne sommes plus, aujourd'hui, dans la môme situation que lorsque nous nous sommes rencontrés. Mais tu viens de me le dire toi-même... Je suis chargé de toutes les affaires de Tourneur, qui sont très compliquées, et voilà encore cette histoire de députation ! Tout cela, il ne faut pas nous le dissimuler, va retentir fatalement sur notre manière de vivre... Tiens!

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