SCENE VI VALENTIN, ANSELME
ANSELME
Bonjour, mon vieux, bonjour !
VALENTIN
Toi, à Paris, qu'est-ce que tu viens faire?
ANSELME
Tu vois... prendre de tes nouvelles, de la part de diverses personnes. On s'intéresse toujours beaucoup à toi, à Savigny.
VALENTIN. — un temps.
Elle va bien?
ANSELME
Très bien, je te remercie.
VALENTIN
Tu la vois souvent? Elle vient toujours à la bibliothèque?
ANSELME
Toujours...
VALENTIN
Elle te parle de moi?
ANSELME
Jamais. Mais c'est la même chose que si nous en parlions tout le temps...
Ah!
ANSELME
En revenant de Nice, sa sœur a passé encore par Savigny.
VAL ENFIN
Ah! oui... elle est drôle cette petite femme!...
ANSELME
C'est une merveille. Marthe m'a présenté à elle, cette fois-ci. Nous avons dîné tous les trois à l'école.
VALENTIN
Eh bien?
ANSELME
Regarde-moi, Valentin. Tu vois un homme cuit.
VALENTIN
Cuit?
ANSELME
Un homme fichu, roulé! Je n'existe plus.
VALENTIN. riant.
L'amour !
Non, non, pas l'amour!... Il ne faut pas appeler ça l'amour. C'est le désir, l'affreux désir. Je n'avais jamais éprouvé ça, c'est effrayant.
VALENTIN
Jamais tu n'avais désiré une femme?
ANSELME
Si! j'avais eu l'envie... l'envie bête, comme tout le monde... Maintenant, c'est autre chose. Je ne pourrais pas t'expliquer.
VALENTIN
Dis-moi à peu près.