‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 116 sur 269 · ACTE II, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE VI

ANSELME

Je voudrais... écoute bien... je voudrais me mettre à plat ventre devant elle... et qu'elle me marchât dessus tout le temps, tout le temps, tout le temps.

VALEXTIX.

Sans s'arrêter?

ANSELME

Sans s'arrêter, jusqu'à ce que je sois en bouillie. Tu vois que ça n'est pas tout à fait l'amour ordinaire.

VALENTIN

L'as-tu vue depuis ton arrivée?

Je me suis présenté chez elle. J'ai fait passer ma carte. Ellem'afait attendre trois quartsd'heure dans l'antichambre. Puis elle est sortie de son salon avec trois messieurs, elle m'a vu et elle m'a dit : « Embrassez bien ma sœur pour moi. » Elle m'a serré la main, et elle est sortie. Ce n'est pas des bêtises qu'elle me fera faire cette femme-là, c'est des énormités.

VALEXTIX.

Tu exagères. Mais à tout hasard, tu va? rentrer à Savigny?

ANSELME

Xon, je ne rentrerai pas à Savigny. Je vais faire comme toi, je vais envoyer ma démission de sous-bibliothécaire. Ça t'a réussi, ça me réussira peut-être.

VALENTIN

Mais je te le défends bien!... A Paris, toi! C'est pour le coup que tu serais cuit. 11 faut une autre carcasse que la tienne pour se débrouiller à Paris, mon pauvre vieux!

ANSELME

Dame! évidemment... je n'arriverai pas aussi loin que toi. Mais pourvu que je gagne ma vie et que je la voie de temps en temps.

VALENTIN

Je t'expédie à Savigny ce soir même.

ANSELME

Non, je suis décidé. Je suis déjà aller voir mon parrain.

Qui ça?

ANSELME

Un nommé Bluche, qui est un homme prodigieux. Il tient une agence de placement, rue de Rivoli... l'agence Bluche... Je lui ai demandé une place.

VALENTIN

J'espère qu'il t'a flanqué à la porte.

ANSELME

Absolument. Mais j'y retournerai. Au revoir, Valentin. Ah! c'est toi qui en as une place!...

VALENTIN

Pas mauvaise.

ANSELME

C'est magnifique, ici!... Au revoir, je m'en vais.

VALENTIN

Trouve-toi à sept heures au café de la Paix. Nous dînerons ensemble.

ANSELME

A sept heures. Bon!...

VALENTIN

Je te griserai, et quand tu seras gris, je te remettrai dans le train...

(Il le congédie.)

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