SCENE VII Les Mêmes, SERQUY, ALINE
SERQUV.
Mon hon Chartier...
CHARTIER
Les présentations sont inutiles... Etl'ectuonsles d'une façon sommaire... (A Aline:; Chère madame : monsieur Briant, monsieur Lucien Briant.
LAURE, à Hélène.
Madame la comtesse de Bernac... madame Lucien Briant...
ALINE
Mon cousin Serquy me disait, en venant, combien il était heureux de se rencontrer avec votre mari... J'espère que nous nous verrons souvent pendant votre séjour à Trouville.
HÉLÈNE
J'en serai charmée, madame.
CHARTIER, présentant Serquy.
Monsieur Serquy...
LUCIEN
Monsieur...
(Il lui serre la main en s' inclinant.)
SERQUY, à Lucien et ;) monsieur Rriant.
Oui, ravi que notre ami Chartier nous ait mis en rapport... J'étais décidé à aller un de ces mois visiter vos usines...
MONSIEUR BRIANT, légèrement railleur.
Vous aviez l'intention de pousser jusqu'à Besançon?
SERQUY.
Je suis déjà allé beaucoup plus loin...
LUCIEN, épanoui.
Alors, notre petite réputation ne vous a pas échappé?
SERQUY.
Vous avez une des meilleures affaires de province...
MONSIEUR BRIANT, à part.
Qu'est-ce qu'il peut en savoir?
SERQUY.
Quatre cents ouvriers, ou, pour être plus exact, quatre cent quarante...
MONSIEUR BRIANT
Hein?
SERQUY.
Est-ce exact?
MONSIEUR BRIANT, étonné.
Très exact.
SERQUY.
Deux usines... une qui comprend les chutes du Douhs... lesquelles vous donnent une force mo-
ACEE I, SCÈNE VII 35
trice de trois cent dix-huit chevaux-vapeur avec lesquels vous éclairez tout le pays... Vous avez fait l'an dernier un million six cent mille kilos de fil de 1er et vous fabriquez cent cinquante mille grosses de vis, en moyenne, par mois.
(Lucien donne des sit/ncs d'iidmirulion. C est très joli...
très joli... J'ai un projet dont nous causerons ces jours-ci, tout en faisant la fête... car j'ai l'intention de vous faire faire une fête énorme... (Se retournant^ N'est-ce pas, mesdames?
ALINE
Nous n'aurons pas besoin de vous...
CHARTIER
Vous n'amenez pas monsieur de Clénord ?
SEfiQUY.
Si ! si ! mais nous l'avons dépassé... Il venait à pied... C'est un homme qui fait de l'hygiène, vous savez, Clénord.
LADRE
Il a joliment raison. Aussi a-t-il l'air beaucoup plus jeune et beaucoup plus gaillard que vous tous...
(Test môme sa spécialité d'être jeune...
LAUWS, riant.
Vous êtes un faiseur de potins, voilà... et un débineur...
SERQUY.
Si l'on ne peut plus débiner Clénord, maintenant!...
ALINE, riant.
Je ne déteste pas qu'on débine monsieur de Clénord, moi !
36 NOTRE JEUNESS1
LAURE
C'est un homme très aimable et très galant. Et puis, c'est le seul d'entre vous qui me fasse la cour... et qui me raconte des histoires.
SERQUY.
Savez- vous ce qu'il a fait cette nuit au Casino ?
LAURE
Encore des potins !
ALINE
Et qu'a-t-il fait?... Je ne suis pas au courant...
SERQUY.
11 a pris une banque à neuf heures et demie du soir et il a taillé sans s'arrêter jusqu'à trois heures du matin... C'est le record de l'année... et pendant ce laps de temps., il a perdu juste dix mille louis...
Deux cent mille francs !
LAURE, navr 'e.
Oh!
SERQUY.
Qu'il avait touchés le matin même chez le notaire de Trouville, et qui représentaient le prix intégral de la vente du château de Clénord.
ALINE
Ça, c'est une blague : il n'y a pas de château de Clénord.
HÉLÈNE
Il me semble que j'en connais un en Franche- Comté... à quelques lieues de chez nous.