‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 156 sur 269 · ACTE IV, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE V

MARTHE, indignée.

Taisez-vous!... Oh! non, c'est trop beau, ça! c'est trop beau !... Je vois ma sœur tout à l'heure qui me dit que vous m'aimez encore... que vous n'aimiez que moi! que moi! .. Et que vous vouliez absolument me voir!... Alors, je ne pense plus qu'à une chose, moi, c'est que je vous aime!... J'oublie tout ce que vous m'avez l'ait: toutes vos promesses et tous vos mensonges!... Et je sors, je me précipite chez vous, après avoir fait ma plus belle toilette... J'accours pour vous dire: « Valentin ! ne vous découragez pas! Ne m'épousez pas tout de suite, peu m'importe, j'ai conliance en vous... malgré tout... En attendant, je serai votre maîtresse et votre amie! » Et je vous trouve avec une femme, dans une chambre garnie de fleurs, et autour d'une table couverte de gâteaux ! Eh bien ! ce n'est pas de l'indignation que votre conduite m'inspire, c'est l'envie de rire, de rire tant que je pourrai, de rire aux larmes!

Elle tombe sur un fauteuil, pleurant et riant à moitié. I VALENTIN, s' approchant.

Ma chérie!... ma chérie!...

Oh ! éloignez-vous, laissez-moi. . . Laissez-moi ! . . . c'est fini! Cette fois-ci, c'est bien fini!...

VALENTIN

Eh bien! vous êtes injuste!... Oui, vous êtes injuste, à la fin !... Parfaitement ! j'étais avec une femme quand vous êtes entrée!... Je ne le nie pas, ce serait un enfantillage ! Cette femme-là, hier encore, avant de vous avoir revue, je l'adorais et je la désirais !... Mais dès que je vous vois, je ne sais pas comment ça se fait, je ne désire plus, je n'aime plus que vous ! Mon Dieu oui ! Croyez-le

ou ne le croyez pas! ça m'est égal!... Mais je le dis parce que c'est la ve'rité, et l'on a pas tant d'occasions dans la vie de dire la vérité, pour en négliger une quand elle se présente ! J'avais rendez-vous avec cette femme aujourd'hui... J'avais rendezvous depuis longtemps... et alors elle est venue... Elle aurait pu ne pas venir, mais elle est venue... Et j irai plus loin, si les choses avaient tourné d'une certaine façon, je serais peut-être devenu son amant ! Mais les choses ont tourné autrement, et nous avons fini par ne plus vouloir ni l'un ni l'autre ! . . . J'avais acheté des fleurs et des gâteaux. . . je ne le nie pas non plus, car vous croiriez peutêtre que c'est elle qui les avait apportés... Mais s'ils pouvaient parler, ces gâteaux, ils diraient qu'on n'y a pas touché ! qu'on n'a touché à rien ! . . . Et maintenant, je l'ai ouhliée cette femme ! Je ne pense plus qu'à vous ! Et si vous, vous refusez à votre tour, c'est que vous ne m'aimez pas, et que vous ne m'avez jamais aimé !

Ce qu'il y a d'affreux, c'est que tout ça, c'est des mensonges !

VALENTIN

Non !

MARTHE

Si ! c'est des mensonges.

VALENTIN

Mais...

MARTHE

Mais je les crois, je les crois ! . . . C'est idiot, mais je vous crois !...

VALENTIN, la prenant dans ses bras.

Oh ! ma chérie !... (Un frappe à u porte.) (Ju'est-ce que c'est encore ? qu'est-ce que c'est ? N'entrez

pas ! (Sur un geste de Marthe.) Si, si, entrez !

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