‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 177 sur 269 · ACTE !, SCENE IX · texte numérisé non relu

ACTE !, SCENE IX

Oui, je suis toute seule, monsieur et madame Vandel sont sortis. Et, justement, ils viennent de me parler de toi. C'est comme ça que j'ai appris ton mariage.

HORTENSE

C'est mon cousin La Herche qui doit leur avoir écrit.

ADRIENNE

Alors, tu deviens baronne de Tinois?

HORTENSE

Moi? Ma is pas du {oui. Voilà précisément où est l'histoire et pourquoi je tenais tant à te voir.

ADRIENNE

Tu ne te maries pas? C'est rompu, ton mariage?

HORTENSE

Oui.

ADRIENNE

Mais personne ici n'en sait rien. Qu'est-ce qui s'est donc passé ?

HORTENSE

Ecoute un peu, ne sois pas si pressée. Il y a huit jours, j'étais décidée. Tu serais venue à Tours, je t'aurais dit : « Voilà, j'épouse le baron de Tinois ». Dame ! tu connais ma situation. Elle n'est pas gaie. Je suis veuve depuis trois ans. Mon mari a laissé des affaires très embrouillées. On a fini par les liquider et mon notaire m'a remis le compte de ce qui me reste. C'est de quoi vivre à peine un an ou deux avec le train de maison que j'ai là-bas. Or, sur ces entrefaites, le baron de Tinois me demande ma main. Tu m'avoueras que c'était tentant.

ADRIENNE

Et que lui as-tu répondu, au baron de Tinois?

HORTENSE

Je ne lui ai répondu ni oui, ni non. Il était aux nues. 11 en conclut que je lui donne de l'espoir et il va le raconter à tout le monde, et d'abord à mon cousin La Herche, qui me conseille d'accepter, en ajoutant que je n'ai pas autre chose à faire dans la position où je suis. Le bruit de mon mariage se répand dans la ville. Les. gens qui commençaient à me regarder de travers reviennent à moi, m'accablent de compliments, de gracieusetés, d'invitations...

ADRIENNE

Je ne comprends pas. Tu dis : « Les gens qui commençaient à me regarder de travers... » Pourquoi ?

HORTENSE

Ah ! ma chère, tu ne sais pas ce que c'est que la haute bourgeoisie de province ! Les La Herche avaient été scandalisés déjà que leur cousin Vilmenard épousât la fille d'un petit boutiquier de Chinon, sans dot, comme moi. Depuis la mort de mon mari, ils me tenaient très à l'écart. Je te passe la médisance et les potins. Bref, la position peu à peu devenait intenable, et j'allais me décider à devenir baronne. Car enfin, du moment qu'on n'épouse pas un homme jeune, quelle importance ça a-t-il qu'on en épouse un vieux ou un très vieux?

ADRIENNE

A ce point de vue...

HORTENSE

Par malheur, j'avais beau me tenir ce raisonnement, j'avais beau me dire que ces mariages-là sont très bien vus aujourd'hui dans la meilleure société, j'avais beau me représenter en baronne de Tinois, je ne pouvais pas m'empècher de

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