‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 178 sur 269 · ACTE I, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IX

songer, à part moi, que j'étais sur le point de faire quelque chose d'assez vilain... Tu l'as vu, ïinois, à Tours ?

ADRIENNE

Vaguement.

HORTENSE

11 est effrayant, ma chère. 11 a la goutte, il se teint... il croule. 11 n'y a pas moyen, je te jure qu'il n'y avait pas moyen. Je m'en serais repentie toute sa vie. A nos âges, vois-tu, il faut avoir tout de même plus d'énergie, plus de courage... J'ai pensé à toi, à la façon si propre dont tu te tirais d'affaire dans l'existence. En somme, les femmes ont maintenant plus de ressources qu'autrefois. Nous n'avons pas été trop mal élevées... Allons-y gaiement! Et, ma foi, j'ai envoyé le baron de Tinois se faire teindre ailleurs !

ADRIENNE

Comme tu as bien fait! Comme tu as bien fait! Et que je suis contente... Alors, en définitive, quelle résolution as-tu prise?

Je crois que j'ai trouvé la vraie combinaison. Te rappelles-tu Céleste, notre amie de lycée?

ADRIENNE

Parfaitement. Je la rencontre quelquefois. Estce quelle n'est pas modiste ?

HORTENSE

Elle a une très grande maison de modes, rue de la Chaussée-d'Antin. J'étais toujours restée en relations avec elle ; nous nous écrivions souvent. Eh bien, figure-toi que la semaine dernière, elle est arrivée à Tours. Elle m'a raconté qu'elle faisait d'excellentes affaires, mais qu'elle en

ferait de meilleures encore et qu'elle lancerait tout à fait sa maison si elle pouvait y mettre une certaine somme. Ce serait un très bon placement. Et elle m'a demandé si je pouvais la lui prêter, cette somme. C'est à peu près celle que j'avais à ma disposition. Je la lui ai offerte. Céleste m'a proposé de devenir sa commanditaire. J'ai accepté. Nous avons signé. Et tu vois devant toi, ma chère, l'associée de la maison Céleste et compagnie. Ça donnera ce que ca donnera.

ADRIENNE, lai tendant les mains.

Je (lc\ iens ta cliente.

Ili >RTENSE.

Si rien de tout cela ne réussit, il sera toujours temps de faire mille folies... Ce qui a été drôle, par exemple, c'est quand j'ai annoncé à mon cousin La Herche que je n'épousais plus le baron de Tinois et que je devenais modiste à Paris!

Il t'a battue ?

HORTENSE

Il m'a dit simplement : « Madame, vous serez la première modiste qu'il y aura eu dans notre famille... » Il s'est incliné et il est parti. Tu comprends, je ne suis plus seulement la parente pauvre, je suis la parente compromettante, déchue, la déclassée.

ADRIENNE

Ça t'est égal, j'imagine?

HORTENSE

J'en ris encore. Mais j'aime autant ne pas le rencontrer. Et comme je suppose que mon cousin Vandel ne serait pas plus flatté de ma présence que son beau-frère, maintenant que je t'ai vue et

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