ACTE I, SCÈNE IX
quand il me regarde, j'ai les yeux qui me tournent et les bras qui me tremblent comme ça, tiens !
(Elle laisse pendre ses deux brus le long de son corps.) HORTENSE.
Oh!
ADRIENNE
Mais je me suis juré qu'il ne s'apercevrait de rien, parce que ce serait ignoble de ma part. Madame Vandel m'a trop bien reçue, elle est trop gentille avec moi. Non, ce serait ignoble.
HORTENSE
Tu ferais mieux d'accepter ce que je te propose, au lieu de rester ici à t'exalter l'imagination et à souffrir.
ADRIENNE
Mais je ne souffre pas.. Je te le disais tout à l'heure, je me trompais. Je suis heureuse, au contraire, délicieusement heureuse.
HORTENSE
C'est stupide, ce qui t'arrive.
ADRIENNE
D'une rare stupidité.
HORTENSE
Car enfin, mettons les choses au mieux et supposons que Robert finisse par t'aimer.
ADRIENNE
Tais-toi. ne dis pas ça. Ce serait effrayant. D'ailleurs, je ne voudrais pas. je ne voudrais pas. . . Le sentiment que j'éprouve est assez curieux. Ça m'est égal qu'il aime sa femme; ça me fait même plaisir. Mais s'il en aimait une autre, je deviendrais enragée!
HORTENSE
Qu'est-ce que tu voudrais, en somme?
Je n'en sais rien... Ah! je ne sais pas du tout ou je vais. Je suis dans un fichu état?
HORTENSE
Au fond, notre situation n'est pas très gaie. Si tu ne sais pas où tu vas, moi non plus.
ADRIENNE, lui tendant la main.
AllonS-y ensemble ! (Apercevant Robert qui entre.)
Ah!