ACTE I, SCÈNE IX
HORTENSE
Je respire... Je te jure que j'ai eu peur.
AERIENNE
Ah ! ma chère, il n'y a rien à craindre avec lui, de ce côté! Il est charmant, il vous sourit, il vous dit les choses les plus gracieuses... Demande-lui un service, il te le rendra tout de suite. Mais la malheureuse qui s'emhallera sur lui, ah! je la plains, celle-là!
HORTENSE
Tu la plains?
ADRIENNE
Je serais curieuse de savoir s'il a jamais été amoureux, ton cousin, ça, oui, je serais curieuse de le savoir.
HORTENSE
J'ignore s'il a jamais été amoureux; ce que je sais seulement, c'est qu'il y a une femme qui est très amoureuse de lui, en ce moment.
ADRIENNE
Ça, c'est impossible! Je m'en serais aperçue... Qui est cette femme ?
Toi!
ADRIENNE
Moi?
HORTENSE
Oui.
ADRIENNE
Tu as trouvé ça toute seule... comme c'est malin! Il y a une demi-heure que je cherche un moyen de te le dire. Je n'en peux plus. Si je ne l'avais pas dit à quelqu'un, j'aurais fini par le lui dire, à lui. Je l'aime comme une folle, ma chère, voilà la vérité... comme une folle, depuis le premier jour que je suis entrée chez lui...
HORTENSE
Depuis près d'un an?
ADRIENNE
Depuis onze mois... Tu te rappelles. Je venais de quitter l'enseignement où je n'avançais pas, où je périssais peu à peu d'ennui et de dégoût... Quel métier! Je songeais à m'en aller à l'étranger, dans des Amériques du Sud ou dans des Australies, faire n'importe quoi. J'allais partir à l'aventure, avec je ne sais quelle famille allemande ou anglaise. C'est toi qui m'as retenue. Et un matin, avec une lettre de toi, je suis tombée ici. Je m'attendais à trouver une famille de bourgeois quelconques, étroits et durs, et j'ai rencontré des êtres tendres, gais et humains. Deux jours après, ton cousin aurait pu me demander de me jeter à l'eau : je lui aurais obéi comme un caniche.
HORTENSE
Et il n'a jamais deviné? Il n'a jamais compris?
ADRIENNE
C'est un miracle. D'autant plus que j'ai dû en faire, des maladresses ! C'est la première fois qu'une histoire pareille m'arrive.
HORTENSE
C'est vrai, j'oubliais.
ADRIENNE
Tu n'oublies que ça? Tu en as de bonnes.
HORTENSE
Mais c'est alfreux, au fond.
ADRIENNE
C'est un supplice. Quand il est près de moi,