ACTE I, SCÈNE XI
usage de sa fortune. C'est un philanthrope. Ce qui ne l'empêche pas de vivre dans une demeure princière et de ne se priver de rien.
CLOTILDE
Ne se priver de rien, c'est la moitié de la charité.
ROBERT
Je suis obligé par modestie d'interrompre brusquement cette conversation. Passons à un autre sujet. Une question me brûle les lèvres depuis ton arrivée. Quoi de nouveau, à Tours?
LA HERCHE.
Ah ! mes amis, une histoire invraisemblable !
Ça m'étonnait aussi qu'il ne vous l'ait pas encore racontée, ça m'étonnait.
LA IIERCIIE.
Je la réservais pour le déjeuner, mais puisqu'on ne déjeune pas... (Un temps.) Notre cousine Vilmenard... écoute bien.
AMÉLIE
Oui, j'écoute.
LA HERCHE.
Elle est en fuite.
AMÉLIE
En fuite !
CLOTILDE
Voilà sa façon d'interpréter les choses... On est en fuite parce qu'on a quitté Tours! J'ai vu Hortense avant son départ et elle m'a parfaitement expliqué...
LA IIERCIIE.
Pardon, ma chère, pardon. Je sais ce que je dis.
Après avoir, sans raisons sérieuses, rompu un mariage superbe avec un homme qui n'a pas cinq ans à vivre, Hortense est partie subrepticement... avant-hier. Eh bien! moi, j'appelle ça prendre la fuite. Et savez-vous où elle est allée?
A Paris?
LA HERCHE.
Tout juste. Et savez-vous ce qu'elle va y faire, à Paris?
ROBERT
Y exercer l'état de modiste.
LA HERCHE.
Précisément.
ROBERT
Rue de la Chaussée-d'Antin.
LA HERCHE.
Rue de la Chaussée... Ah çà! comment es-tu au courant ?
AMÉLIE, â Robert,
Oui?
ROBERT
Hortense est venue ici, ce matin, pendant que tu étais à la gare.
LA HERCHE.
Hein! je crois qu'elle a un certain aplomb !
CLOTILDE
Moi, je trouve Hortense extrêmement intéressante.
AMELIE.
Moi aussi, moi aussi.
LA HERCHE, à Robert.
Et toi aussi, sans aucun doute?