SCENE V ROBERT, HORTENSE
HORTENSE, devant le mouvement de Robert.
Ne craignez rien. Votre femme reçoit dans le jardin. J'ai dit que je venais pour le restant de mes billets qui doivent être placés ce soir... Prenez-les-moi tous... Tenez, les voici... Robert, pourquoi n'êtes-vous pas venu hier?
ROBERT
Pour des tas de raisons que je vous expliquerai... Mais, au nom du ciel, ma chère petite Hortense, faites attention ! Je vous affirme qu'avec vos billets glissés dans le creux de la main, avec nos coups d'œil équivoques devant le monde, nos gestes furtifs, je vous affirme que nous allons nous faire prendre comme des enfants... Vous, parbleu! vous accomplissez cette petite gymnastique avec une souplesse, un tact, c'est merveilleux !... Mais comprenez donc qu'il n'y a pas que vous... Il y a moi! moi!... qui ne suis qu'un homme... un homme qui avait fait avant son mariage tout ce qu'il était humainement possible de faire dans cet ordre d'idées-là et qui se croyait bien tranquille pour le reste de ses jours... Alors, naturellement, j'ai perdu l'habitude, je suis à la merci d'une maladresse ou d'une distraction. Il y a des choses dont je ne suis plus capable, voyons! Réfléchissez, sapristi ! Est-ce que vous supposez, par exemple, que je peux encore entrer dans des armoires?... Regardez-moi... Ça ne fermerait plus... Etant jeune, j'ai passé une nuit entière à gémir devant la porte de ma bien-aimée, sur un paillasson. Je vous jure que je ne pourrais plus faire ça aujourd'hui, comprenez-le ! comprenez-le, ma bonne petite Hortense!... Notre liaison n'est durable et précieuse qu'à la condition d'être secrète... dissimulée... Combien de fois vous l'ai -je dit ?
IIORTENSE.
Vous me grondez pour un malheureux billet!... C'est entendu, j'ai peut-être eu tort ! Mais, pour le reste, voyez comme nous sommes prudents! Quand je pense que vous ne venez même jamais chez moi ! Que vous ne connaissez même pas mon