ACTE III, SCENE XVII
vous fuir... Si vous ne comprenez pas pourquoi je pars, maintenant!
ROBERT, se levant avec agitation.
Qu'est-ce qui m'arrive encore? (Allant h Aérienne. Je vous en prie, je vous en supplie, ma chère mademoiselle Adrienne, ne continuez pas ! Nous reprendrons cette conversation une autre fois, je le veux bien. Mais, en ce moment, je vous jure... je vous jure que je ne suis pas en état d'en entendre davantage... Non, non !... vous ne pouvez pas savoir, mais j'en ai assez pour aujourd'hui... Vous, d'un autre côté, vous semblez un peu exaltée... Notre conversation a tout à gagner...
ADRIENNE
Mais non, mais non, je ne suis pas exaltée... Je ne le suis plus, du moins... C'est fini. Je suis très calme, à présent... voyez... tout ce qu'il y a de plus calme. Le plus difficile est fait. Et rassurezvous, je ne ferai pas de scandale, j'en suis incapable. Depuis un an que je vous aime comme une folle, est-ce que vous vous en êtes aperçu?... Est-ce que vous avez seulement remarqué que, quand vous me touchiez la main, les yeux me tournaient? Non, n'est-ce pas? C'est que je m'étais juré que vous ne le sauriez pas tant que je resterais chez vous... Et je pars pour avoir enfin le droit de vous le dire !
ROBERT
Ma pauvre enfant !
ADRIENNE
Oh ! ne vous apitoyez pas sur moi, je m'attends à tout dans la vie... et vous pensez que je n'ai jamais espéré une minute que vous m'aimeriez. Je ne suis pas belle comme Hortense, je ne suis pas une femme du monde intéressante et perse-
cutée... Je ne sais pas regarder les hommes, leur planter mes yeux dans la figure... Oui, c'est ce qu'ils demandent, aujourd'hui... Enfin, je n'avais rien de ce qu'il faut pour emballer un monsieur comme vous... Hortense l'avait; moi, je ne l'ai pas.
ROBERT
Que vient faire Hortense là dedans?
Oh ! non, vous n'allez pas nier qu'Hortense soit votre maîtresse?... A moi! ce serait un comble. Non, non, je ne veux pas songer à ça. Hortense a fait ce qu'elle a voulu. Les femmes n'ont pas tant le choix des moyens dans la lutte pour la vie. Je l'excuse, je l'excuse. Elle vous aimait, moi aussi... passons là-dessus... Jamais je n'essayerai de me venger d'elle, à moins que ça ne se trouve, bien entendu.
ROBERT
Ce serait indigne de vous, mademoiselle Adrienne, car vous êtes une très loyale fille, de la grâce la plus franche... et la plus imprévue... Et la sévérité avec laquelle vous venez de me traiter... mettons la juste sévérité, ne m'empêche pas d'avoir pour vous une sympathie et une estime tout à fait particulières, au contraire... Vous m'avez un peu insulté, mais avec une brusquerie charmante. Je n'y pense plus, c'est oublié...
ADRIENNE
Ne me parlez pas avec cette voix. Je perdrais la tête et ce n'est pas l'heure.
ROBERT
Alors, voici ce que vous allez faire, écoutezmoi bien. Vous allez renoncer à ce départ pour