ACTE IV, SCÈNE II
ROBERT
Taisez-vous... taisez-vous. C'est absurde.
ADRIENNE
Au fait, m'avez-vous apporté la broche que je vous ai demandée ce matin ?
ROBERT
Je vous L'ai apportée, parce que vous l'avez exigé, mais quelle horreur !
ADRIEXNE.
Où est-elle?
ROBERT
Tenez. . . (Il lui remet une broche.) Adrîenne, voyons . . . pourquoi ne voulez-vous pas accepter autre chose?
ADRIENNE
Non, non... jamais. Je ne veux que cela...
Ouvrant la boite.} C'est bien la même... (Riant.) Un
vaisseau traversé d'une flèche en haut de laquelle il y a un cœur et au bas : Souvenu' du Havre.
C'est une honte.
ADRIENNE
Une réussite que j'ai faite hier dans la soirée, en vous attendant, semble indiquer que je ne ferai fortune qu'à cette condition-là.
ROBERT, se levant brusquement.
Eh bien, non, non i Je ne suis pas décidé du tout à vous laisser partir !
ADRIENNE
Oh ! que dites-vous? Je pars dans une heure.
ROBERT
Si je veux !... Vous riez?... Vous avez le courage de rire ?
ADRIENNE
C'est en songeant à ce que vous feriez de moi à Paris... et surtout à l'opinion que vous auriez de moi au bout de huit jours. Vous m'pvez raconté votre histoire avec Hortense, il ne faut pas l'oublier.
ROBERT
Ce n'est pas la même chose. J'ai conscience que je n'ai pas été pour elle un être malfaisant. C'est une femme exquise, certes ! . . . mais d'un caractère léger, incapable de souffrir et de faire souffrir les autres. Elle se consolera de tout, si elle a le luxe et une vie brillante. Enfin, je la connais, je suis tranquille. Tandis que vous, je ne vous connais pas.
ADRIENNE, riant.
Eh bien alors, qu'est-ce qu'il vous faut ?
ROBERT
On ne se connaît pas pour ça...
ADRIENNE
N'essayez pas de me retenir. Ne me tentez pas. Ce serait insensé et vous vous en repentiriez si vite ! Car c'est votre générosité seule, c'est votre sensibilité qui vous attirent vers moi en ce moment... Vous êtes ému parce que je m'en vais et que vous me voyez environnée de périls.
ROBERT
Non, Adrienne, non... Tu te trompes... Je suis ému parce que je te tiens entre mes bras et que je me rappelle les heures que tu viens de me donner.