ROBERT, AMÉLIE
ROBERT, se retournant virement.
Amélie ! ma bonne Amélie ! Je vais t'expliquer, je vais t'expliquer... Ecoute-moi... assieds-toi et écoute-moi...
AMÉLIE
Non, mon ami, non! Ne me dis rien, ce n'est pas la peine, j'ai compris... Ce serait trop commode, chaque fois que tu prendrais une maîtresse, de me faire asseoir bien tranquillement et de me raconter que tu as été entraîné par la fatalité... Et qui as-tu pris cette fois-ci?... Quand je pense que depuis un an peut-être, tu me trompais chez
420 LES PASSAGÈBES
moi, sous mon toit, à mes côtés ! Et tu supposes que je puis accepter cela?. . . Oh ! Robert, voyons ! . . .
ROBERT, assis, Amélie debout.
Ma chérie, je...
AMELIE, l'interrompant.
Non, non, je te vois venir. . . Tu veux me raconter quelle s'est jetée à ton cou, comme Hortense, et que toi, par bonté d'âme, tu as consenti à devenir son amant... Mais à ce compte-là, toutes les femmes seraient heureuses autour de toi, excepté la tienne ! Et dans ta vie, tu n'aurais fait qu'une victime, moi!... Avoue que ce n'est pas juste, tout de même?
ROBERT
Ma chérie...
AMÉLIE
Oh! je vois bien la vérité!... je la vois enfin... Tu as assez de ta femme, tu as assez de ton ménage. La vie de famille t'est devenue odieuse... Hélas ! je le sens tellement que je n'ai pas hésité à venir ici, te surprendre et te dire : « Robert, séparons-nous, veux-tu?... Laisse-moi partir... »
ROBERT, assis,
Tais-toj, Amélie, tais-toi... Oh ! je suis triste... Je suis affreusement triste... car j'aurais beau te dire la vérité, je ne te convaincrais pas. Et je m'aperçois aussi que moi, qui me croyais plutôt bon, sensible, humain, je ne fais que du mal à ceux qui m'entourent...
AMÉLIE
Ce n'est pas à Hortense, je suppose?
ROBERT, se levant et aree force.
Mais si ! car le pire égoïste ne se serait pas