ACTE JY, SCÈNE Y
conduit avec elle autrement que je ne l'ai fait ! Après quelques jours de liaison et dès qu'elle a commencé à encombrer ma vie, je n'ai songé qu'à la rupture. Et j'ai profité de la première occasion qui s'offrait... Aujourd'hui, la voilà presque contrainte, à cause de moi, d'épouser un vieillard... Et cette pauvre fille qui part en ce moment ? Eh bien, oui, je te le dis à toi-même, elle s'est conduite presque héroïquement... et aujourd'hui, elle s'enfuit à l'aventure pour se punir des torts qu'elle a envers toi. Et tout ce que j'ai pu lui faire accepter, c'est une broche en acier bruni de quinze francs !
AMKLIK.
Mais ce n'est pourtant pas de ma faute, tout ça !
ROBERT
Et toi aussi, je suis en train de te rendre malheureuse ! car te voilà convaincue que je ne t'aime plus ! et j'aurai gâché ta vie en même temps que la mienne ! Allons, décidément, je ne suis qu'un égoïste et j'ai un caractère malfaisant et dangereux.
AMÉLIE
Non, non, je ne veux pas que tu dises cela. Voilà que tu vas trop loin, maintenant ! Malfaisant!... Dangereux!... Tu es la bonté même et je sais bien que tu ne vas pas abandonner tout à coup ta femme, ta fille pour courir après la première venue... Tu mas donné vingt ans presque de joie et de sécurité ; évidemment, je ne peux pas oublier ça en une heure. Mais avoue tout de même que je n'ai pas lieu de me réjouir. Gestes de Rohert. Tu en conviens, n'est-ce pas? Je te demandais tout à l'heure si tu voulais que nous nous séparions, ce n'est pas que j'en aie envie. Mais, franchement,
c'est toi qui as l'air de le désirer... Enfin, tu te conduis comme si ta le désirais... Certes, tu as des excuses, tout le monde abuse de toi... tu as été entraîné, je m'en rends compte. . . tu as été entraîné par les circonstances... (Le regardant.) Oh ! tu as une figure navrée... C'est absurde, c'est absurde!
ROBERT
Je suis très changé, Amélie...
AMÉLIE
Et pourquoi es-tu changé? Qu'est-ce qui t'est arrivé? Je comprendrais encore que moi je dise cela, mais toi? Je ne suppose pas que tu aimes Hortense, puisque tu en as pris une autre... nique tu sois devenu amoureux d'Adrienne, puisque tu la laisses partir? Alors je ne vois pas pourquoi tu aurais de la peine... Quelle raison aurais-tu maintenant de perdre ta gaieté et ta belle humeur de jadis ? Je ne le veux pas. Il ne faut pas ! il ne faut pas ! j'en serais navrée... Ta vie n'est pas gâchée, c'est insensé de te figurer ça, ni la mienne non plus, j'espère... Car je finirai par oublier, j'oublierai très vite, je te le promets. Je suis ton amie, après tout, ta camarade clans la vie... Voyons, ne sois plus triste... (Un temps.) Ça tient toujours, ce voyage en Italie?
ROBERT
Je ne sais plus, moi...
AMÉLIE
Allons, nous allons partir pour l'Italie... Ce voyage fera beaucoup de bien à ta fille, et à toi aussi... D'abord, Yvonne y compte de plus en plus. . . Philippe Aubier doit venir nous y retrouver. Tu es capable d'être grand-père dans un an.