‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 37 sur 269 · ACTE II, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VII

LAURE

Oui... le père finirait par le savoir.

CHARTIER

Ce qu'il faut éviter à tout prix, tu comprends.

LAURE

Je comprends. Tu as connu la mère?

CHARTIER

Très bien.

LAURE

Sa liaison avec Lucien avait duré longtemps?

CHARTIER

Deux ans au moins, peut-être trois.

LAURE

Quel genre de femme était-ce?

CHARTIER

La mère ?

LAURE

Oui.

CHARTIER

Je me rappelle une ii lie excellente, une de ces petites femmes de Paris qui n'appartiennent plus guère aujourd'hui à aucune catégorie spéciale, ni ouvrières, ni grisettes, ni cocottes, et qui dépensent parfois, avec un amant pris au hasard, plus de vertu, de fidélité et de dévouement, qu'il ne leur en faudrait pour devenir des épouses et des mères irréprochables. Elle adorait Lucien. Je ne pense pas qu'il ait été son premier amant, je suis convaincu aujourd'hui qu'il a été le dernier.

LAURE

Et ton opinion sur la jeune fille ?

CHARTIER

Sur Lucienne? Elle m'a fait la meilleure impression. Elle a dû être élevée un peu à l'aven-

ture, mais c'est un petit être plein de délicatesse et de distinction. Tu serais de mon avis, si tu la connaissais.

LAURE

Mais je la connais.

CHARTIER

LAURE

CHARTIER

Lucienne?

Oui.

Comment cela?

LAURE

Je suis allée la voir ce matin, à cet hôtel.

CHARTIER

Toi?

Moi. Quel mal y a-t-il? C'est un hôtel très convenable.

CHARTIER

Il n'y a pas de mal, mais tu aurais pu me prévenir. Ah ! tu l'es, curieuse!... Enfin! n'importe...

LAURE

J'ai donc vu cette jeune fille; j'ai causé avec elle. Tu as raison, elle est tout à fait sympathique.

CHARTIER

Alors, tu approuves ce que j'ai fait?

LAURE

Ça dépend. Qu'as-tu fait?

CHARTIER

J'ai demandé à madame de Bernac si elle ne connaissait pas quelque personne qui eût besoin d'une lectrice, d'une demoiselle de compagnie. Une de ses amies, madame Salandra, va justement quitter la France et voyager. Elle cherchait une jeune fille intelligente et agréable. Madame de

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