‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 45 sur 269 · ACTE II, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IX

LUCIEN

Oui.

CHARTIER

Ah ! mon ami, mais tu ne t'imagines pas comme c'est loin de sa pensée... Du scandale... elle!

Je puis vous affirmer, mon cher monsieur Briant, que vous n'avez rien à craindre de cette jeune fille... C'est une âme charmante... infiniment délicate...

MONSIEUR BRIANT

Je n'en doute pas...

LAURE

Elle demandait si peu, qu'elle avait pris toutes sortes de précautions pour que ni votre fils, ni vous, ne fussiez informés de sa présence.

LUCIEN, plus tranquille.

Ah!

MONSIEUR BRIANT

Tant mieux, chère madame... Je serais désolé d'ébranler la sympathie que vous semblez avoir pour cette personne.

LAURE

Elle est grande, je l'avoue.

MONSIEUR BRIANT

Et méritée, j'en suis convaincu. Il suffit d'ailleurs, aujourd'hui — et je le constate sans en être le moins du monde troublé, croyez-le bien — il suffit qu'un enfant soit naturel pour se voir l'objet de la sympathie générale, comme il suffit qu'une femme ne soit pas légitime pour être immédiatement entourée du respect universel... Que les femmes et les enfants légitimes ne se le dissimulent pas, ils sont en train de passer un mauvais quart d'heure !

NOTRE JEUXKSSE

LAl'RE.

Vous trouvez donc mauvais, monsieur Briant, que le préjugé sur les enfants naturels ait à peu près complètement disparu ?

MONSIEUR BRIAXT.

Quand un préjugé disparaît, il y a une vertu qui disparaît en même temps. Une vertu n'est qu'un préjugé qui reste. Ce qui me paraît le plus prodigieusement admirable à notre époque, c'est de voir des personnes d'autant de bon sens et d'aussi bonne famille bourgeoise que vous, par exemple, chère madame, ne pas se douter de l'endroit où on les mène. Heureusement que je ne serai plus là quand on y arrivera.

LAURE

Oh ! moi, cher monsieur Briant, je n'y mets pas tant de raisonnement, ni de malice. Je ne sais pas où va la société, mais le savez-vous bien vousmême? Je me borne à agir le mieux que je peux. Et je juge les gens non d'après la situation, la caste ou la fortune, mais d'après leurs sentiments et leur conduite.

MONSIEUR BRIAN T

Eh bien ! et vous, Chartier?

CIIARTIER.

Moi?... moi?...

LAURE

Mon frère, ça lui est égal. Il ne ferait pas de mal ni de bien à une mouche. C'est un brave homme... Vous voyez, toutes les opinions sont représentées.

Enfin, je suis content! Maintenant, allons goûter sur le yacht.

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