SCENE XI LAURE, LUCIENNE
LAURE, à Lucienne, étonnée-
Oui... Voici... Par suite de circonstances qu'il est inutile de vous raconter et malgré votre désir, je le sais, mon enfant, votre père connaît votre
présence àTrOUVille... (Sut un mouvement de Lucienne.:
Ne vous troublez pas... Tout a tourné assez bien... Votre père se charge de votre avenir...
LUCIENNE
Madame, je...
LAURE
Laissez. Il n'y met qu'une condition : c'est que vous retournerez dans ce village où vous avez vécu jusqu'à présent...
LUCIENNE
À Espeuiile ?
LAURE
A Espeuiile, c'est cela.
LUCIENNE, — un temps.
C'est vous, madame, qui devez lui rapporter ma réponse ?
LAURE
C'est moi, oui, mon enfant.
LUCIENNE
11 n'a pas demandé à me voir?
LAURE. après une hésitation.
Non.
LUCIENNE
Alors, vous lui direz que je le remercie beaucoup d'avoir bien voulu s'occuper de moi, mais qu'il m'est impossible d'accepter...
LAURE
Ah!
LUCIENNE
Dites-lui aussi, je vous en supplie, qu'il n'ait aucune inquiétude et que je ne lui réclamerai jamais rien.
LAURE
Pourquoi refusez-vous ?
LUCIENNE
Du moment que monsieur Briant, me sachant à deux pas de lui, ne manifeste pas le moindre désir de faire ma connaissance, c'est qu'il considère, il me semble, qu'il n'y a entre nous aucun lien d'aucune sorte, et alors, je n'ai pas plus de raison d'accepter une aumône de lui que du premier étranger venu... Est-ce que vous me désapprouvez, madame?
LAURE
Vous n'avez pas d'arrière-pensée ?
LUCIENNE
Non, madame, je vous le jure.
LAURE
Je vous approuve, (Souriant., quoique, à tout prendre, il me paraisse y avoir un peu d'orgueil dans votre cas.
LUCIENNE
Peut-être... Oui, madame, je l'avoue. Mais si une jeune fille dans ma position n'avait pas un tout petit peu d'orgueil ou de fierté, qui sait jusqu'où elle tomberait?
LAURE
Vous avez raison, ma chère enfant.
Si vous saviez, madame, comme vous me rendez heureuse et comme je vous remercie ! Tout ce qui