SCENE V VALENTIN, JOUNEL
VALENTIN
Je vous écoute, monsieur.
JOUNEL.
Voici. Je possède d'assez belles propriétés dans le pays ; je peux me flatter d'y être connu, presque populaire. En hiver, j'habite Paris avec ma femme. Je n'ai pas d'enfants. Jusqu'à présent, j'étais dans les affaires, banquier. C'est une profession dont j'ai horreur, et je me promettais bien de la quitter dès que j'aurais fait ma fortune, ce qui est arrivé. Je suis libre, indépendant, oisif. Mais on ne peut pas rester inoccupé à mon âge, quarante-six ans.
VALENTIN
Vous ne les paraissez pas.
JOUNEL.
Alors, j'ai songé à faire de la politique. Je me confie à vous, vous verrez pourquoi tout à l'heure. Un siège sénatorial est vacant dans le département : J'ai résolu de m'y présenter. Je crois avoir des chances, surtout après la façon retentissante dont vous avez posé ma candidature.
YALENTIN
Du tout, monsieur, je dis ce que je pense.
JOUNEL.
Avec une jeune et jolie femme et deux cent mille francs de rente, il serait malheureux qu'un homme, aujourd'hui, ne pût pas être élu sénateur. Je suis combattu par le gouvernement, je le sais, à cause de mes idées politiques.
YALENTIN.
Ça n'a aucune importance, le gouvernement peut changer.