ACTE IV, SCÈNE I
LOUIS* IN
Elle m'en a dit un peu. Moi, j'en ai devine un peu... ce qui fait que je sais tout.
HÉLN IN.
Tu n'es pas bête, Louison.
LOUISON
Voulez-vous que je vous parle franchement, monsieur?
HÉLION
Va!
LOUISON
Eh bien ! je pense que vous vous trompez, si vous croyez que Rose deviendra jamais une cocotte.
HÉLION, se levant.
Mais il n'est pas question... Une cocotte!... Sais-tu seulement ce que c'est qu'une cocotte, toi qui n'a jamais quitté la campagne ?
LOUIS» IN
J'en ai connu deux.
HÉLION
Ah bah !
LOUISON
A Louzy, près de chez nous, la plus belle maison du pays, après le château, était habitée par une ancienne cocotte. Elle y restait six mois tous les ans. C'était une grande femme maigre, avec des cheveux couleur de carotte, mais très comme il faut tout de même. De temps en temps elle recevait des gens de la ville : le notaire, le substitut. Le général est venu une fois. Je la rencontrais tous les dimanches, à l'église. Elle avait l'air très heureux. On voyait bien qu'elle ne s'était pas ennuyée dans la vie !
HÉLION
Ah!... Et l'autre?
ii]
LOUISON
L'autre était beaucoup plus jeune. Elle n'avait pas seulement trente ans. Au moment des chasses dans la forêt, elle suivait le monde en voiture. Elle avait l'air très heureux aussi. Je ne sais pas comment ces femmes-là s'y prennent, elles sont très heureuses.
HÉLION
Alors ?
LOUISON
Oui, mais ça m'étonnerait tout de même beaucoup, monsieur Hélion... ça m'étonnerait énormément que ma cousine devienne jamais une femme comme ça.
HÉLION
Ce n'est pas non plus ce que je lui demande.
LOUISON
Ah!
IIÉLION.
Je ne lui demande que d'aller à Paris, avec toi, Louison, bien entendu ; d'y habiter dans un joli appartement, de n'avoir plus aucune espèce d'ennui, de faire tout ce qu'elle voudra, et de me permettre de venir lui dire bonjour de temps en temps. Tu vois que ça n'est pas la môme chose !
LOUISON
Hum !
HÉLION
Et ce ne serait pas long ! Un simple mot : Oui, qu'elle mettrait sous enveloppe et que tu irais me porter à mon bureau, et, le lendemain, vous seriez à Paris toutes les deux.
LOUISON
Et votre femme, monsieur Hélion... Qu'est-ce qu'elle dirait, votre femme ?