‹ Théâtre complet (volume 4)Chapitre 147 sur 261 · SCENE II HÉLION, ROSE · texte numérisé non relu

SCENE II HÉLION, ROSE

IIÉLIOX, s' avançait I vert Rose.

Je vous attendais avec une impatience...

ROSE

Que désirez-vous, monsieur Héiion ?

HÉLION, baissant la voix.

Je sais ce qui s'est passé hier, entre ma femme et vous. Vous voyez à quelles humiliations vous êtes exposée. Tantôt pour une raison, tantôt pour une autre, ce sera la môme chose tous les jours. Vous en arriverez à de véritables souffrances, car vous êtes d'une nature trop indépendante et trop hère pour supporter cette situation. Or, l'indépendance, c'est l'argent. Vous n'avez qu'un mot à prononcer, un signe de tête à faire, pour en avoir immédiatement. Dites oui, Rose... Dites oui... Un geste... Oui, n'est-ce pas?

fil lui saisit la main.)

ROSE, essayant de se dégager.

Non, non ! Je ne veux pas...

HÉLION, la tenant toujours.

Si vous saviez quel ami discret, dévoué, peu exigeant, vous auriez en moi !... Vous arrangeriez votre existence à votre guise ; elle serait assurée pour jamais. Vous resteriez la femme la plus libre qui soit !... Vous ne pouvez pas refuser cela. — C'est convenu ?

ROSE, se dégageant.

Non ! Allez-vous-en, je vous en prie...

HÉLION

Qui vous retient dans cette ville où vous n'avez ni parents, ni relations, ni situation ? où vous êtes livrée à la mauvaise volonté, aux taquineries de tout le monde? Sans compter les calomnies, les humiliations, les déboires, toutes les petites méchancetés de la province contre lesquelles votre courage, à la longue, se brisera. Je vous dis que la province n'est pas habitable pour une

femme Comme VOUS. Allant lui prendre la main.) Il

faut la quitter... Il le faut! Ce serait une folie insigne de refuser plus longtemps. Vous partirez d'ici le jour et l'heure qui vous plairont. Vous emmènerez votre cousine. Il suflira que vous me préveniez la veille par un petit mot, un simple oui, sous enveloppe, adressé à la fabrique, bien entendu. Ne craignez rien de ma femme, ni de personne. J'ai tout prévu, tout combiné, même votre installation à Paris... Ne me répondez pas, c'est inutile. Maintenant, je m'en vais... J'attends votre signal. Demain, par exemple, ou aprèsdemain... Au revoir, Rose. Ma parole d'honneur,

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