SCENE III ROSE seule, puis LOUISON
ROSE, seule.
Je l'ai écouté jusqu'au bout. Voilà où j'en suis !
LOUISON, entrant.
Qu'est-ce que vous avez ? Vous êtes toute rouge !
J'ai le sang au visage. Donne-moi un verre d'eau.
(Louison va au buffet, prend un verre et l'emplit. LOUIS! >N.
Ça va mieux ?
ROSE
Oui.
LOUISON, prend le verre des mains de Rose, va le parler lentement au buffet, et se retournant.
A votre place, je dirais oui.
ROSE
Tu es folle !
LOUISON, avec force.
Je dirais oui !... Rester honnête, gagner sa vie, être libre, c'est un beau rêve!... Et puis, est-ce un si beau rêve que ça? Moi, je suis toujours restée honnête, et ça ne m'a rapporté que des désagréments. Acceptez donc, Rose !... Vous
voilà brouillée avec madame Hélion... Elle vous brouillera avec madame Oranger et avec d'autres. Vous allez vous trouver sans ouvrage. Nous n'en avions déjà pas beaucoup... Tout à l'heure, il est venu l'épicier : on lui doit quarante francs. Nous n'avons pas quarante francs à nous deux, c'est des choses qui me révoltent !... Sans compter ce qu'on dit dans le quartier...
ROSE, machinalement.
Qu'est-ce qu'on dit?
LOUISON
On dit que vous êtes la bonne amie du docteur.
ROSE
De monsieur Georges?
LOUISON
Que vous trompiez Perrin avec lui, du temps de Perrin... et que ça continue. Aujourd'hui, on dit ça, demain, on dira autre chose et on finira par dire toutes sortes d'infamies. Nous, pendant ce temps-là, nous mangerons du pain sec et nous boirons de l'eau... (Or frappe à laporie.) Entrez donc ! c'est ouvert !... Nous n'avons pas peur des
Voleurs, ici... (Elle va à la porte, voyant qu'on n'entre
pas.) Tiens! c'est le père Loisel, de Maurichard...
Rose, c'est le père Loisel !... Entrez donc!
(Entre Loisel, costume de paysan endimanché.)