ACTE II, SCÈNE IX
LA MARQUISE
Et même je crois que vous plaisantez. Car, je suppose que si vous étiez marié réellement, vous m'auriez invitée, moi, votre tante, à la messe de mariage.
LE BARON
Vous savez bien qu'il ne pouvait y avoir de messe de mariage, puisque j'épousais une femme divorcée.
LA MARQUISE
Qu'entendez-vous par une femme divorcée?
LE BARON"
Oh! ma tante!...
LA MARQUISE
Je ne sais pas ce que c'est qu'une femme divorcée, mon neveu. La personne dont vous me parlez était mariée, dites-vous, avant que vous ne fissiez sa connaissance?
LE BAROX.
Oui, ma tante.
LA MARQUISE
Est-elle veuve?
LE BARON, résigné.
Non, ma tante.
LA MARQUISE
Cette personne est donc mariée encore, seulement ce n'est pas à vous. Vous, vous avez pris une maîtresse. Je ne vous en blâme pas, c'est de votre âge, mais je trouve impertinent que vous songiez à me la présenter.
LE BAROX.
Mais, ma tante, j'ai conduit ma femme à la mairie et je l'ai épousée devant le maire.
LA MARQUISE
Le maire est un drôle d'avoir prêté les mains
à cette bon ffonnerie. Brisons-là, monneveu. (A Anatole.) Pourriez-vous venir un de ces jours au château, mon cher monsieur Grimard. Je crois que mes vignes ont attrapé votre diablesse de maladie. Mon fermier n'y comprend rien.
ANATOLE
J'irai le jour qui vous plaira, madame la marquise.
Le plus tôt possible.
ANATOLE
Demain, si vous le désirez.
LA MARQUISE
Demain soit. Je vous remercie, cher monsieur.
Elle fait un pas pour se retirer.
LE BARON
Ma tante, j'ai un petit service à vous demander.
( Jeu de scène avec Anatole, lui montrant la pétition.) ANATOLE, haut à la marquise.
C'est l'heure où les paysans des environs viennent me consulter. Je vous demanderai, madame la marquise, la permission...
LA MARQUISE
Faites donc! A demain, n'est-ce pas?
ANATOLE
A demain.
(Sort Anatole, à droite.)