‹ Théâtre complet (volume 4)Chapitre 227 sur 261 · ACTE II, SCÈNE XVII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE XVII

LE BARON

ADOLPHE

LE BARON"

Vous voudriez que, surprenant ma femme en flagrant délit d'adultère, je ne divorce pas? Car enfin vous ne niez pas que je viens de surprendre ma femme en flagrant délit d'adultère? Elle ne le nie pas non pins, d'ailleurs, et son complice pas davantage.

AD< >LPHE.

Non, je ne le nie pas, je veux bien ne pas le nier !

LE BARON

C'est heureux.

ADOLPHE

Votre femme vous trompe, il n'y a aucun doute, c'est entendu. Elle vous trompe avec un professeur d'agriculture.

LE BARON

Un simple professeur d'agriculture ! Et j'allais le faire décorer du Mérite agricole !

ADOLPHE

Eh bien! monsieur le baron, quoique votre femme vous trompe, je suis convaincu que vous l'aimez encore !

le baron;

Moi !...

ADOLPHE

Il suffit de vous regarder. Je comprends cela d'ailleurs. Madame la baronne est charmante.

LE BARON

C'est une petite coquine.

ADOLPHE

C'est la plus jolie femme du pays, elle porte à ravir le costume de bicycliste. Elle est très élégante. Et quelles jambes ! Reconnaissez-le vousmême, monsieur le baron, vous avez une femme délicieuse.

LE BARON

Au physique, je ne dis pas.

ADOLPHE

C'est énorme, et j irai plus loin! Je jurerais que cette femme là vous aime encore, comme vous l'aimez ! Il suffit de la regarder. Ce doit être la première fois que madame la baronne se conduit mal, j'en suis sûr.

LE BARON

Nous ne sommes mariés que depuis trois mois.

ADOLPHE

Ce n'est pas une raison. Madame la baronne n'a pas de mauvais instincts, croyez-en ma vieille expérience, et je vous engage vivement à bien rélléchir avant de divorcer. Ah! si vous saviez!... Avez-vous déjà divorcé?

LE BARON

Non.

ADOLPHE

Vous ne savez donc pas ce que c'est qu'un divorce ! Vous ne vous rendez pas compte de tous les tracas, de toutes les complications qui en résultent ! Conférences avec les avoués et avec les avocats, plaidoiries publiques devant tous vos concitoyens alléchés par le scandale, où l'avocat de la partie adverse parlera avec indignation de la grossièreté de vos mœurs, de vos habitudes.

m 1 1: h, scène \\ ii 365

LE BARON

Permettez... Je défie un avocat de dire quoi que ce soit...

U>< ILPHE.

Si vous le défiez, il en dira le double. Il se montrera surpris que votre femme ait attendu si Longtemps pour vous tromper, il insinuera que si elle n'avait pas été un ange de vertu elle aurait déserté le domicile conjugal après la première nuit de noces, il inventera sur votre vie privée des histoires croustillantes qui feront la joie de toute la ville, et vous serez peut-être, par-dessus le marché, condamné à faire une forte pension à madame la baronne.

LE BARON

Oh!... Ça...

ADOLPHE

Et puis, admettons!... Que deviendra votre femme quand vous serez divorcé? On ne se préoccupe jamais de ce que deviennent les femmes après le divorce, on a tort. La baronne a-t-elle de la fortune?... Non ! De la famille? Non!... Ah! un oncle! A-t-elle seulement un oncle? Vous n'en êtes pas sûr vous-même ! Donc, une fois libre, comment vivra-t-elle ? Si elle devient une cocotte, est-ce que ça vous amusera beaucoup ? Et si plus tard, elle vient vous demander de l'argent, est-ce que vous lui en refuserez? Non! non! non! parce que vous êtes un bon garçon. Et alors, monsieur le baron, savez-vous ce que vous ferez, avec votre caractère? Vous la reprendrez ! Vous la reprendrez ! Eh bien ! puisque vous devez nécessairement la reprendre un jour, gardez-la !

Je ne sais pas du tout quoi faire !...

36C LES I \:.\ S ;.;: LÛONÏINE

AD( iLPHE.

Si tous les magistrats disaient aux maris trompés ce que je vous dis en ce moment, il y aurait moins de scandales dans les familles.

LE BAR< i.V après un silence.

Les torts de la baronne, sont immenses. .

ADOLPHE

Evidemment. Mais n'a-l-elle pas de circonstances atténuantes?

LE BARON

Oui. Et c'est ce qui me trouble... D'abord quand je l'ai épousée, elle venait de divorcer.

M" ILPIIE.

J'ignorais...

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