SCENE V LE BARON, HORTENSE
LE BARON
Quel gentil garçon, ce Vincent ? N'est-ce pas ?
HORTENSE
Il est fort aimable. Où l'as-tu connu?
LE BARON, fronçant les sourcils.
Par hasard, tout à fait par hasard. Et il m'a été tout de suite très sympathique.
HORTENSE
Il paraît avoir un caractère excellent, si j'en juge par le petit bout de conversation que nous avons eue ensemble.
LE BARON
Quand cela?
HORTENSE
Quand je suis allée chez lui le remercier; c'est, d'ailleurs, un homme très bien élevé.
LE BARON
Parfaitement élevé, et même instruit... Dismoi, Hortense?
388 LES MARIS DE l.KONTINE
HORTENSE
Quoi, mon ami?
LE BARON
J'ai eu une idée, je ne veux pas te la cacher.
HORTENSE
Quelle est cette idée?
Tu es jeune, tu es jolie, tu es veuve, tu os libre... Eh bien?
HORTENSE
Quoi?
LE BARON
Tu ne devines pas?
HORTENSE
Non.
LE BARON
Dubois... Hein?
HORTENSE
Monsieur Dubois?...
(Elle se met à rire, i
LE BARON
Qu'est-ce que tu as? Je ne vois pas ce que mon idée a de si ridicule.
HORTENSE
Ce n'est pas cela, mais je ne puis m'empêcher de rire en pensant à la tête que ferait la marquise, ma bonne tante, si elle t'entendait parler de ce projet. Quand vous vous remarierez, me dit-elle, ce sera certainement avec quelque employé des contributions ou quelque magistrat. L'autre jour, elle m'a prédit que je finirais par épouser un cantonnier.
LE BARON
Oh! cette bonne tante. Entre nous et sincèrement ce mariage ne te déplairait pas?