ACTE I, SCÈNE I
vous demander si elle ne vous dérangerait pas en ce moment?
Mais pas du tout. Je lui ai écrit de venir justement le plus tôt possible.
LOUISON
Alors, elle peut monter?
PAGELET.
Tout de suite.
LOUISON, s'en allant.
Au revoir, messieurs.
GEORGES
Est-ce que madame Perrin a quelque nouvel ennui avec les parents de son mari?
PAGELET.
Au contraire. J'espère qu'il va y avoir une réconciliation générale.
GEORGES
Ah! tant mieux !
PAGELET.
Mais, au fait, vous connaissez toute la famille, vous?
GEORGES
Je l'ai connue autrefois. Mon père avait une propriété dans leur pays à Maurichard. J'y allais en vacances tous les étés; mais je n'y suis pas retourné depuis longtemps. J'ai vu Rose grande comme ça.
Vous étiez amoureux d'elle.
GEORGES
A onze ans.
PAGELET.
Et maintenant, vous ne Tètes plus?
GEi »rgi s Elle est trop grande.
PAGELET.
Et puis, elle est très honnête, ce qui, à la rigueur, est encore un obstacle.
GEORGES
Elle est très honnête, c'est vrai.
PAGELET.
Je Tai vue dans plusieurs circonstances, où elle s'est conduite avec une loyauté, une délicatesse parfaite, et elle a eu du mérite, car elle s'est trouvée, à la mort de son père, dans une situation des plus embrouillées : des dettes, des menaces de toutes parts. Le père de Rose s'était ruiné à Paris, dans le commerce; puis il était revenu à Maurichard, son pays natal, où il lui restait une terre. Il essaya de la cultiver et ne réussit pas non plus.
GEORGES
Ah ! la culture !...
11 y a des familles qui s'écroulent tout d'un coup. Les morts, la ruine, tout arrive à la fois. Les survivants sont dispersés et il ne reste du désastre que quelques chiffons de papier dans les cartons d'un notaire... Ce fut encore une chance pour Rose de rencontrer Jean Perrin.
GEORGES
Les parents s'opposèrent au mariage, il me semble ?
PAGELET.
La fiancée avait reçu de l'éducation. Elle était beaucoup plus élégante qu'une paysanne; elle n'avait pas un centime de dot. Ce sont des choses que les paysans trouvent presque immorales. Les époux se brouillèrent avec la famille, quittèrent Maurichard et vinrent habiter ici. J'ai placé Perrin chez notre ami Ilélion... Diable! j'oublie mon client, moi!
(.I.i HîGES.
Allez le voir. Je vais causer avec Rose en vous attendant.
PAGELET.
C'est cela, oui... Je suis gentil de vous laisser
avec elle?
Oh!
t.K' >RGES.
(La porte s'ouvre. Entre Rose, toilette claire, gants, chapeau. Elégance simple.
PAGELET.
Asseyez-vous, ma chère enfant. Je suis à vous dans une minute. Le docteur vous tiendra compagnie.
(Il sort.