‹ Théâtre complet (volume 4)Chapitre 81 sur 261 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

DESCLOS

Je me suis péniblement traîné jusqu'ici.

Diable !

DESCLOS

Des douleurs, des douleurs continuelles!... En ce moment, c'est au genou... Aïe!

PAGELET.

Ce n'est pas gai.

MADAME ORANGER

Mon frère exagère.

DESCL( IS.

J'exagère!... C'est exquis !

MADAME GRANGER, se rapprochant.

Tu soutires vraiment?

DESCLOS

Non, non... j'exagère.

MADAME GRANGER

Comme tu voudras.

DESCLOS

J'éprouve des douleurs intolérables, voilà tout! Figurez-vous, Pagelet, que vous avez au genou un chien furieux qui vous dévore la chair et qui vous ronge les os. Tel est mon cas... Une bêtise, comme vous voyez... Mais ne parlons plus de ces niaiseries.

MADAME GRAXGER.

Pourquoi ne te soignes-tu pas? Georges t'a indiqué un traitement.

1 tO

DESCLOS

11 m'a indiqué un traitement parce que, en sa qualité de médecin, il est obligé d'indiquer un traitement pour toutes les maladies. Je l'ai même suivi, son traitement.

PAGELET.

Et?...

DESCLOS

Je soutfre un peu plus, voilà tout. Georges a eu une très bonne idée de faire sa médecine !

// hausse les épaules. ] MADAME GRANGER, haussant également les épaules.

Ça vaut mieux que de n'avoir jamais rien fait, comme toi.

DESCLOS

Tu as raison, mon enfant, je n'ai jamais rien fait. Je n'ai travaillé que trente années... Ah! ah!

MADAME GRANGER

A quoi?... Tu t'imagines peut-être que tu travailles parce que tu lis les journaux et que tu ricanes à propos de tout ?

DESCLOS, liaussanl les épaules.

Continue !

Pardon, j'oubliais !... Tu as fait quelque chose dans ta vie... Tu t'es présenté à la députation et tu n'as pas été nommé.

DESCLOS

J'en suis fier!

MADAME GRANGER

Depuis cette époque...

DESCLOS

Tu permets que je t'interrompe?... Nous avons

ai: ri: i, SCÈNE VI 1 il

cette conversation-là tous les samedis, et toujours devant maître Pagelet... Pourquoi as-tu choisi le samedi? Je l'ignore! Est-ce que tu es trop occupée pendant la semaine? Mystère ! Mais il y a un fait certain, c'est que tous les huit jours, à cette heure-ci, à peu près, j'apprends de ta bouche que tu es ma sœur ; que je suis veuf et que lu es veuve aussi; que tu ne t'es pas remariée dans l'intérêt de mon fils et dans le mien ; que tu tiens ma maison avec économie et que, sans ta pension viagère que tu veux bien mettre à ma disposition, nous vivrions très difficilement...

MADAME GRANGER

Parce que tu as mangé...

DESCLOS, achevant la phrase.

Mon patrimoine, quand j'étais jeune. Je sais cela, ma chère enfant. Pagelet le sait aussi, puisqu'il est notre notaire, et nous ne sommes pas gens à l'oublier d'une semaine à l'autre.

(Madame Oranger hausse les épaules.

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