ACTE I, SCÈNE VI
MADAME HÉLION"
Moi aussi, je suis une provinciale entêtée, et je suis allée trois fois à Paris en cinq ans. 11 n'y a plus guère que quelques femmes qui aiment encore la province. Ces messieurs la considèrent comme une vaste prison. Ce qui m'étonne, c'est que le docteur, votre neveu, qui a fait ses études à Paris, ait daigné s'établir ici.
MADAME ORANGER
Il a eu raison.
MADAME HÉLION, se tournant vers son mari.
Voyez mon mari : tous les mois environ, je l'aperçois avec sa valise à la main. Il me dit : « Je pars... » et il m'embrasse. Je dois ajouter qu'il ne manque jamais de revenir huit ou dix jours après.
HÉLION
J'ai de nombreux clients à Paris, vous ne l'ignorez pas, ma chère. Les machines agricoles de notre maison...
MADAME HÉLION
Je ne vous reproche rien, mon ami. Il y a longtemps que je ne m'occupe plus des clients à qui vous vendez des machines agricoles à des époques si régulières. Vous m'avez donné jadis leurs noms, mais je ne me les rappelle plus... vous non plus, peut-être...
HÉLION
Permettez !
MADAME HÉLION
A part ce léger détail, vous êtes un très bon
mari... (A Georges qui est entré sur cette phrase.) Et le
docteur aussi fera un très bon mari.
GEORGES
Moi, madame... Je ne pense pas.
MADAME HÉLION
Vous vous vantez.
Mariez-vous donc, mon cher.
PAGELET.
C'est une affaire qui me regarde. (A Georges. Nous en causerons ce soir ou demain.
GEORGES
Et avec qui ce mariage, si je ne suis pas indiscret.
MADAME HÉLION
Mademoiselle Claire Méret.
PAGELET.
Très bien ! très bien !
DESCLOS
Peuh !
MADAME HÉLION. à Georges.
Jolie dot... Vous plaisez beaucoup à ses parents.
GEORGES
J'en suis flatté. Ils sont très gentils.
PAGELET.
Elle aussi est très gentille.
GEORGES
Moins.
MADAME HÉLION
Mademoiselle Claire vous déplaît? Pourtant...