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l'adversaire

LIMERAY, finement.

Mes anciens amis et les nouveaux...

MADAME BRÉAUTIN.

Surtout les nouveaux.

LIMERA Y.

Oui. Je compte sur une certaine curiosité.

MADAME BRÉAUTIN.

Invitez donc les Darlay.

LIMERA Y.

Avec plaisir... Je viens d'apercevoir madame Darlay... où est donc son mari?

MADAME BRÉAUTIN.

Il n'a pas pu venir au dîner.. Je l'attends dans le courant delà soirée... Invitez toujours sa femme.

BRÉAUTIN.

Au fait, pourquoi n'est-il pas venu dîner, nuire ami Darlay?

MADAME BRÉAUTIN.

Il dînait, soi-disant, avec le directeur de la revue où il va publier je ne sais quel travail historique, sans intérêt probablement.

BRÉAUTIN.

Je le lirai. J'aime beaucoup Darlay.

LIMERAY.

Moi aussi !...

MADAME BRÉAUTIN.

Oui? Eh bien ! tu l'aimeras un peu moins quand tu sauras ce qu'il dit partout de toi, de moi, de mon salon, de nos relations.

BRÉAUTIN.

Des potins.

M \D\ME BRÉAUTIN

C'est ce qu'il y a de plus dangereux. Mépriser

la calomnie, mais prendre garde aux potins, pardonner une insulte, mais jamais une impolitesse, c'est la seule façon de se faire respecter.

BREAUTIN.

Je serais curieux de -avoir...

MADAME BRÉAUTIN.

Il esl l'ami intime, le camarade de collège de Norbert... connais-tu ce détail ?

BRÉAUTIN.

Oui.

mai» ami: BREAUTIN.

L'autre jour, Norbert était chez lui. On a parlé

de toi.

BREAUTIN.

Bon!

MADAME BRÉAUTIN.

Et Darlay a dit : « Bréautin est un imbécile. »

BRÉAUTIN,

Oh ! Et qu'a répondu Norbert ?

MADAME BRÉAUTIN.

Il a ri. Eh bien! un mot comme celui-là peut te coûter l'Instruction publique et te reléguer à l'Agriculture, sinon aux Postes...

Ce Darlay! Presque un compatriote . . car sa femme est de Lyon.

MADAME BRÉAUTIN.

Elle, elle est charmante.

LIMERAY, apercevant Marianne an fond, <i droite. Ali ! .1 madame Bréautin: Vous permettez?... H titoignê.

MADAME BRÉAUTIN, i ton mûri.

M. lis lui mêle payera.

216 l'adversaire

BRÉAUTIN.

Il me semble que tu devrais les inviter moins souvent.

MADAME BRÉAUTIN.

Au contraire... D'ailleurs, je tiens beaucoup à avoir madame Darlay dans mon salon. Elle représente un élément, une certaine catégorie de femmes du monde qui me manquait.

BRÉAUTIX.

Et quelle catégorie ?

MADAME BRÉAUTIN.

Celle des femmes sur qui il n'y a encore rien à dire.

BRÉAUTIX.

Pourquoi encore ?

MADAME BRÉAUTIN, sans répondre.

V.i me chercher Langlade, il faut que je lui parle !... Promène-toi dans les salons; si on t'interroge, ne réponds que des choses vagues... et hoche la tête, tu hoches très bien la tête.

Bréautin s'éloigne vers la gauche.) UNE DAME, arrivant de droite, à madame Bréautin.

Bonjour, chère madame, il paraît que vous ave/ Langlade ?

MADAME BRÉAUTIN.

Oui, mais veuillez m'excuser, je suis occupée, je vous le présenterai tout à l'heure. (La dame s'éloigne pur le fond. Madame Bréautin fait un pus vers Langlade qui arrive vers ht gauche.) Eh bien! mon cher

enfant, nous jouissons de ce beau succès.

LANGLADE

Dont je vous dois une grande partie, madame... Je n'oublierai jamais les quelques conversations que nous avons eues ensemble. La fin de ma plaidoirie est presque entièrement de vous...

àCTB n, sckn 21 7

MADAME BRÉAUTIN

N'exagérez pas...

LANGLADE

Je n'exagère ni je n'oublie. Vous m'avez donné des conseils admirables.

MADAME BRÉAUTIN.

Tout ce <|u»' j<» revendique, c'est d'avoir été une des premières a deviner votre talent... J'en suis fière...

LANGLADE

Vous me comble/, madame.

MADAME BRÉAUTIN.

D'ailleurs, nous n'en sommes qu'à nos débuts... Vous m'êtes très sympathique.

LANGLADE

Ah ! madame...

MADAME BREAUTIN.

Et je vous le montrerai peut-être bientôt.

LANGLADE, avec curiosité.

ai.:

MADAME BRÉAUTIN.

J'ai tout un plan qui vous concerne.

LANGLADE

Moi?

MADAME BRÉAUTIN.

Je vous présenterai ce soir à diverses personnes qui vous intéresseront.

LANGLADE

Ecoutez, madame, je ne sais comment vous remercier...

MADAME BRÉAUTIN.

Laissez-moi manœuvrer, je ne manœuvre pas mal... \on! nonl ne me demandez pas de détail-... Vous saurez tout en temps et lieu... En attendant, amusez-vous aussi, c'est de votre âge...

218 l'adversaire

Faites la cour à nos belles amies (Avec intention.) et particulièrement à la plus belle.

LANGLADE, souriant.

Qui est la plus belle?

MADAME BRÉAUTIN.

Vous êtes meilleur juge que moi.

LANGLADE

Je suis bien embarrassé.

MADAME BRÉAUTIN, avec sévérité-

Mon cher enfant, rappelez-vous ceci : on s'est repenti quelquefois de m'âvoir caché un secret, jamais de me l'avoir confié.

LANGLADE

Je n'ai pas de secret, malheureusement, surtout avec la personne que nous nous efforçons de ne pas nommer.

MADAME BRÉAUTIN.

Euh!

LANGLADE, plus gravement.

Je vous donne ma parole d'honneur, madame, que je n'ai jamais dit un mot à madame Darlay qu'elle n'aurait pu répéter immédiatement à son mari. Et, d'ailleurs, je lui suis très antipathique, cela saute aux yeux.

MADAME BRÉAUTIN.

Vous lui « étiez » assez antipathique, ça c'est vrai.

LANGLADE

Je lui « étais »?... Et maintenant?...

MADAME BRÉAUTIN.

Maintenant... vous lui êtes peut-être moins antipathique que jadis... Oh! un peu moins, voilà tout.

LANGL IDE.

Je crois madame Darlay éprise ei irrévocable- 111»* h t éprise de son mari.

MADAME BRÉA1 TIV

Tout porte, en <'iivt,ii le croire. C'est une tomme • jiir j'estime infiniment, intelligente, ardente, capable <!«' jouer 1rs plus grands rùles. C'eut été une femme merveilleuse pour un ambitieux. Par malhmir son mari ne la comprend pas, se moque d'elle... D'où certains froissements inévitables qui se produiront un jour ou l'autre et qui se sont même déjà produits.

LANGLADB-

Ah!

MADAME BREA1 TIN. apercevant Marianne qui s'avance

rrts eux.

J'espère que vous n'allez pas abuser de ces confidences?...

LANGLADK.

J'aurai d'autant moins de peine que madame l)arlay ne m'a pas adressé la parole de toute la soirée.

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