I.l BRASIER
Il m'était venu pour vous un amour sérieux...
111 Mai 1 11
Calme !
LERRASIER.
Profond, e1 qui pour être éternel n'avait l.rsoin M1"; d'être partagé. .1.- vous ai demandé votre main. 1 d maria,-. • entre nous gtail parfaitement assorti, Vous n'aimiez personne... J'étais un ami
3(34 MONSIEl R PIÉGOIS
de votre famille. J'ai un peu de fortune et une situation modeste, mais assurée. J'ai l'âge où la statistique démontre qu'il se fait le plus de mariages aujourd'hui. J'étais convaincu que vous deviendriez ma femme... Vous avez refusé en me donnant des raisons puériles. Je me suis contenté de soutfrir sans que vous y attachiez d'ailleurs la moindre importance. Il est vrai que je suis resté votre ami.
HENRIETTE
Ce n'est donc rien ?
LEBRASIER.
C'est quelque chose, et tant que vous ne vous remarierez pas, en songeant que personne ne vous possède, je me consolerai peu à peu de ne pas vous posséder moi-même.
HENRIETTE
Je vous promets de ne pas me remarier, là, ètes-vous satisfait?... Vous haussez les épaules !... Vous vous marierez avant moi, Lebrasier. Pourquoi me marierais-je, je vous prie de me le dire ?. . . C'est presque honteux à avouer, et vous allez trouver cela souverainement injuste, mais je suis une des plus heureuses femmes qu'il y ait. J ai de bons amis et une famille exquise que j'adore. Mon fils se porte bien et son éducation occupe ma vie. Le souvenir de mon mari m'est plus mélancolique que douloureux... Vous voyez combien il serait absurde de compromettre tout cela dans l'aventure d'un second mariage, le plus grand risque que puisse courir une femme de mon âge. La femme de chambre entre }>;>r la Unie du fond, avec un plateau contenant les verres, le café, et le dépose sur la table à gauche. Suzanne et Marguerite traversent la scène et vont sur /,/ terrasse, où elles font signe aux invités que le café est servi.
Rassurez-vous donc, Lebrasier, si tant est que vous
\' 1 1 h, scfcit] \ *oo
me fassiei l'honneur d'être jaloux à ce point-là de mon affection. Je ne voia pas, à L'horizon, 1 ombre d'une catastrophe
l.l l;l; \>il B
l,,nt mieux. Mais ?oua me permettrez cependant de garder ma faconde penser...
Rentrent le* invité* par U terrante.
-< ENE V
LEBR \-li:ii. HENRIET! E, SI ZANNE et IffAR-
(l[ ERITE, qui servent le café pendant U ncène. LES-
li;(,| ai P1ÉGOIS, MADAME LËSTROT et
Il ERBELIN, JANTEL, pais, quand tout le monde est en
.. MADAME JANTEL, entrant par U baie du fond.
Il -TROT.
Qu i a donc construit le casino, monsieur Piég;ois. nu.* >IS.
C'esl un petit architecte <le mes amis... que je voua donnerai, monsieur Jantel, et dont les idées vous plairont. 11 a un sens trèa moderne de l'habitation...
MADAME LESTR< 'l. i Henriette.
Êtea-vousd'un pokerchez moi, cet après-midi?... Un petit poker jusqu'à Bix ou huit heures?
HENRIETTE
J'ignore ce jeu.
l.l STROT.
j,. voua en fait mes compliments... Il empoi-
366 MONSIEUR PIÉGOI!
sonne bien des ménages. Il n'y a plus moyen de causer une soirée avec des amis et je retourne le mot de Talleyrand : « Si vous ignorez le poker, vous vous préparez une vieillesse heureuse ! »
madame lkstrot.
Inutile de dire que mon mari répète ce trait chaque fois que l'on prononce le nom de poker... Vous, monsieur Herhelin, vous êtes des nôtres?
HERBELIN
Avec reconnaissance, madame... Nous avons séance du conseil municipal cet après-midi, mais les questions qui s'y traitent ne réclament pas ma présence.
P1ÉGOIS.
\i celle des conseillers municipaux, d'ailleurs.
HENRIETTE, riant, â Uerbélin.
< l'est bien fait.
LEBRASIER, bas, k Henriette.
J'aurais dis ça, moi... vous auriez à peine souri... et encore...
HENRIETTE
C'est absurde, cette réflexion.
MADAME LESTROT, a Lebrâêier.
Nous comptons anssi sur vous, monsieur Lebrasier.
LEBRASIER.
Le jeu ne m'est pas assez familier, je vous remercie.
HERBELIN
Monsieur Lebrasier préfère le baccara. . . Eh ! eh !
jantel.
11 y passe ses nuits.
U i i H, B< i m. \ Il l;i; ISI1 A
Oh!
PIÉGOIS
Lebrasier! Il es! en train de faire une petite fortune.
iil.MMl.i i 1
Quel cachottier!