I..- Mêmes, CLOTILDE, JOSSAN, LE BARON DE MORÈNES
MADAME DE LA BAUDIÈRE
Quelle bonne idée !
(Elle embrasië <:i<>hl<le.
CLOTILDE
Je n'ai pas voulu passer à Angers sans vous présenter mon frère, monsieur Jossan, André Jossan.
JOSSAN.
Madame...
LA BAUDIÈRE, àttahi à André.
Nous, il n'y a pas besoin de nous présenter.
LA rilATEI.AINE
JOSSAX.
Nous sommes de vieux amis.
LA BAUDIÈRE.
De club !
MADAME DE LA BAUDIÈRE
Mon mari me parle de vous fort souvent, monsieur, et je vous connais bien. D'ailleurs qui ne vous connaît pas?
André s'incline.)
LA BAUDIÈRE.
Y a-t-il longtemps qu'on ne s'était pas rencontres, hein ?
JOSSAX.
Des années... Vous ne venez plus à Paris faire votre piquet?
LA BAUDIÈRE.
Pardon! Pendant que nous y sommes... Vous m'avez vu souvent jouer au piquet?
Cent fois, mille fois.... Vous ne faisiez que ça.
LA BAUDIÈRE.
Au piquet et non au baccara? Combien de fois m'avez-vous vu jouer au baccara?
JOSSAX.
Jamais !
LA BAUDIÈRE. à sa femme.
Tu vois, ce n'était nullement préparé. Ma femme était convaincue que je jouais au baccara.
MADAME DE LA BAUDIÈRE, avec une voir subitement doucereuse.
Tu faisais ce que tu voulais, mon ami. Tu sais bien que je ne me mêle jamais de tes plaisirs.
CLOTILDE
Vous êtes une femme modèle.
ICTE I , SCÈNE I X .1 i
LA BAI Ml RE, i André.
Quant il vous, le jeu... fini, hein?
JOSSAN.
Ma Foi, <»ui !
LE BARI >.\. bu peu bourru.
Espérons-le.
MADAME DE LA BAUDIÈRE
Vous étiez très joueur, monsieur .loss:m ? Kst-ce possible !
i- >SSAN.
Hélas, oui, madame. Et il est également pos- ^il»l»' qu'on cesse (Je l'être,
LK BARON
Hum'.
LA BAUDIÈRE.
Avant vous, mon cher, je ne le croyais pas... Ah ! vous êtes un joli exemple !... Comment avezvous fait?
J( ISSAN, $ouriant.
Je vous raconterai ça.
CLOTILDE
Nous en avons été bien heureux, mon mari et moi, moi surtout.
LK BARON
Mais moi aussi.
CL< >l ILDE.
André nous négligeait beaucoup. On ne le voyait presque plus, et tout d'un coup le voilà devenu un homme sérieux, un homme célèbre et le plus grand travailleur du monde. J'ai visité au printemps les quatre usines qu'il a aux environs «If Paris. Quatre usines!... Ht admirables! Avec trois ou quatre cents ouvriers sous ses ordres... Et des gens qui l'adorent, ce qui est fabuleux! Il y a un contremaître qui m'a dit de lui : « C'est
38 LA CHATELAINE
un homme, madame, à qui on aime à obéir. » Ce qui prouve, comme dit l'Ecriture, qu'un débauché qui se met au travail est plus utile à la société que dix travailleurs qui n'ont jamais fait de bêtises.
JOSSAN, à madame de La Baudière.
Je suis honteux, madame, de lous les compliments dont on m'accable devant vous.
MADAME DE LA BAUDIÈRE
Vous les méritez, monsieur, j'en suis sûre. Et vous êtes venu vous reposer un peu de vos travaux dans la belle propriété de votre beau-frère?
CLOTILDE
Se reposer, à peine ! Il est obligé de surveiller ses affaires de loin ; trois fois par semaine son secrétaire vient travailler avec lui, et il envoie des télégrammes à Paris toute la journée.
LE BARON
C'est-à-dire qu'il n'y a plus moyen d'avoir un domestique depuis que ce gaillard-là est ici!
CLOTILDE. riant
Il faut vous dire, chère madame, que dans sa conversion, puis dans ses triomphes, André a toujours eu un détracteur...
MADAME DE LA BAUDIÈRE
Et qui donc?
CLOTILDE
Mon mari.
MADAME DE LA BAUDIÈRE
Oh!...
LE BARON-
Permettez, ma chère!...
CL< »iii.i>i:.
Si : si I ... o'asl curieux, mais c'est comme ça... Mon mari ne croit pas au talenl d'André, h énergie, à sa notoriété... Ça a beau être l'évidence, non, il n'y croit pas! Voilà bien la famille!... Il a beau entendre l<>nl le monde autour de lui...