‹ Théâtre completChapitre 76 sur 226 · I. ADVERSAIRE · texte numérisé non relu

I. ADVERSAIRE

MADAME BRÉAUTIN.

Avec discrétion. Il m'a répondu par des plaisanteries sur la politique, je n'ai pas insisté.

MARIANNE

Je lui en parlerai, moi; j'aurai une conversation sérieuse avec lui. Il ne peut pas refuser, c'est impossible! Je vous réponds qu'il acceptera.

MADAME BRÉAUTIN.

Gela dépend de vous. Une femme de votre caractère, de votre finesse et de votre âge, doit conduire son mari où elle a décidé qu'il irait. Il n'est donc pas ambitieux, Darlay?...

MARIANNE

Je commence à croire que non.

MADAME BRÉAUTIN. se levant.

C'est peut-être qu'il ne sent pas à ses côtés une volonté toujours présente et toujours agissante. Voyez-vous, ma chère, l'avenir de nos maris est dans nos mains et non dans les leurs. Les hommes n'ont jamais, réunies ensemble, les deux grandes conditions du succès : la volonté et la patience. Il faut que nous leur apportions l'une ou l'autre, sinon les deux ! . . . Allez, il y a toujours une femme à l'origine d'une carrière d'homme; et quand l'homme part, c'est que la femme a donné le signal. Voulez-vous mon opinion bien sincère sur votre mari? Ce n'est pas un paresseux, ce n'est pas un incapable, loin de là! C'est simplement un homme trop heureux.

Je ne peux pourtant pas le rendre malheureux exprès!

MADAME BRÉAUTIN.

Non! Mais c'est une question de dosage. Il ne

faut pas que les bommes soient trop heureux. Le bonheur qui nous rend, nous, si reconnaissantes,

Les rend vaniteux et égoïstes. Us ne s'aperçoivent bientôt plus qu'ils nous le doivent : ils en font hommage à leur caractère, à leur esprit ou à leur chance. Il est nécessaire de les rappeler de temps en temps à la réalité. -\<>u> avons nos petits moyens pour cela. Ainsi, votre mari n'a pas d'ambition, et il n'admet pas que vous en ayez; il croit que vous êtes heureuse par le seul fait qu'il est heureux, lui ! et que vous êtes satisfaite de tout parte qu'il ne désire rien. Ma chère enfant, rapportez-vous-en à mon expérience. Nous sommes perdues <i nous ne réagissons pas. La vie à deux, et même à trois, n'est plus assez gaie. Il nous faut autre chose. Eh bien! cette autre chose, l'ambition, l'éclat, le luxe nous la donnent. Par son mari, par son iils, par son amant, par l'homme rn lin. la femme, aujourd'hui, doit jouer un rôle, et le grand rôle ! C'est la seule façon d'oublier nos misères dans cette vallée de larmes.

MARIANNE

Allez leur dire ça!

M M-A.Mi: BRÉAUTIN.

On n'a pas besoin de leur dire. Ah! si j'avais eu un mari comme le vôtre...

Monsieur Bréautin est pourtant un esprit remarquable.

MADAME BRÉAUTIN.

Oui... oui... C'est un esprit remarquable... il n'est pas bète... il a certaines qualités... Mais j'aurais voulu le voir épousant n'importe qui... Tenez, eu voilà un qu'il a fallu secouer et pousser par les épaules. Je vous prie de croire que je n'ai

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pas perdu mon temps. Je ne vous donne pas de détails, mais j'ai fait pour lui des choses que je ne pourrais même pas lui dire. Enfin! le voilà députe', demain ministre, je ne l'aurai pas volé...

UN DOMESTIQUE, annonçant.

Monsieur Bréautin!...

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