SCÈNE 111 MARIANNE, ROSINE
ROSINE
Madame... c'est qu'il s!en va.
Je l'espère bien.
ROSINE
Est-ce que nous ne le verrons plus?
MARIANNE
Fi! Un butor qui s'emporte!... J'ai vu la minute où il allait tout mettre en morceaux chez moi.
ROSINE
Il est parti d'une furie!... Je ne voudrais pas être de ses laquais.
MARIANNE
Le vilain être! Et voilà à quoi j'irais me condamner! Non, mille fois, et je suis convertie à jamais.
Oui, Rosine, très-décidément, j'ai assez de cette vie menteuse et sans amour, où Ton jette sa jeunesse comme dans un gouffre, et — vrai comme il fait jour — je renonce à toutes ces intrigues qui me laissent le cœur vide et triste comme un appartement démeublé.
ROSINE
S'il pleuvait, madame, ou s'il faisait brouillard, je vous comprendrais à moitié. Mais, par ce beau soleil ! Est-ce que vous parlez sérieusement?
MARIANNE
Mes réflexions sont faites et ma résolution est prise. Je veux vivre pour moi, a ma guise, et ne plus jouer l'amour que dans mes rôles, en belles rimes bien riches, et en belles cadences bien peignées ; j'en serai plus heureuse et j'en deviendrai meilleure. A force de dépenser son cœur en détail, on finit par se ruiner tout à fait; et un beau jour, si l'on veut compter le reste de son trésor, en rassemblant de ci, de là, ce que l'on n'a pas jeté au diable, c'est à peine s'il vous reste de quoi aimer une guenon ou un perroquet.
ROSINE
Déjà vieille fille ! vous sautez à pieds joints sur bien des almanachs. Dieu ! si Paris vous entendait!
MARIANNE
Paris n'y croirait pas, et c'est là ce qui m'exaspère.