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SCÈNE IV

MARIANNE, seule.

Les hommes! jolie création! tout mensonge et tout égoïsme. Ça se lève, ça bâille, ça s'enrubanne , ça se mire et ça met le nez au balcon. S'il fait soleil; «Mes chevaux! » et crac ! à Versailles ou à Trianon. S'il pleut : « Ma chaise ! » et les voilà promenant de ruelle en boudoir leurs manchettes, leurs sourires et leurs jolis mots. Bien sots les oisifs qui passent ainsi leur temps, et bien plus sottes mille fois les femmes qui se laissent séduire à ces petits airs de flûte en poudre et en talons rouges. Et cependant — ce que c'est que de nous ! — toutes, nous avions un cœur fait pour aimer, un cœur fait pour battre de vraies pulsations, et pour rendre en bonheur ce qu'on nous aurait donné en amour. Mais non, ces messieurs ont changé tout cela , se sont avisés de remplacer l'amour par le bel esprit, et de nous entrer

dans lé cœur par la tête. — A votre aise, messieurs; pour moi, je suis la très-humble servante de vos rébus, et je ferme résolument ma porte à vos fanfreluches et à vos caquets. — Après dix ans de cette vie -là, plus ou moins, monsieur le comte épouse une ingénue et fait souche ; monsieur le chevalier est'épousé par une veuve et achète un régiment; monsieur l'abbé devient évêque et dit sa messe en grand pontificat. Nous, pauvres femmes, nous demeurons sur le champ de bataille, vieillies et dédaignées, et nous payons les frais de la guerre. — Halte! s'il vous plaît. Et moi aussi, je veux tirer mon épingle du jeu. Il en est encore temps, je serai aimée, mais là, aimée véritablement, aimée jusqu'au mariage , s'il le faut. — Au fait, et pourquoi pas? Je ne suis pas noble, je suis jeune; je ne suis pas riche, je suis belle. Voilà ma fortune et mon blason. D'ailleurs, qu'ai -je besoin d'être riche? Je marcherai à pied, c'est si bon sur un pavé sec; je porterai des robes de toile, c'est moi qui habillerai mes robes; et je monterai deux étages de plus, une occasion pour montrer ma jambe, que j'ai belle. — Le joli projet, et comme il me sourit! Pauvre, joyeuse , aimée... ce rêve-là me donne des ailes, et je voudrais déjà me voir débarrassée de tout ce clinquant et de toutes ces friperies.

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