SCENE V
MARIANNE
Quelque nouvelle impertinence en prose libertine... Rosine, jette-la au feu.
Sans savoir de qui elle vous vient ?
MARIANNE
Quelque marquis dé* trois étoiles bien ridicule et bien fat! Brûle, brûle toujours : nous devinerons après, et peu im-. porte que nous nous trompions.
ROSINE
Je ne saurais dire pourquoi, mais je trouve à cette lettre une tournure bonnête qui m'intéresse, et ayant de la brûler...
• MARIANNE»
Tu m'impatientes. Décachète-la si le ctëurt'en dit, dé* chiffre, si tu peux, le nom qui est au bas et débarrasse- moi
de tes homélies. (Rosine déicahète lu lettre el la déplie.) Rosine,
que t'a-t-on donné pour être si éloquente?
ROSINE
Madame, je vous jure bien...
MARIANNE
tais-toi plutôt; je ne t'interroge plus. C'est mentir deux fois que mentir inutilement;
ROSINE
Vous pouvez m'en croire, madame ; car c'est justement pour être arrivé sans autre recommandation que lui-même, que ce billet m'a séduite. — Le voilà ouvert ; voulez- vous regarder ?
Lis toi-même.
ROSINE
Paul... de...
MARIANNE
Paul de Flagey ?
ROSINE
C'est cela même, et en toutes lettres, quoiqu'un peu griffonné. — Maintenant, au feu, mon gentil poulet.
MARIANNE
Rosine, donne-moi cette lettre. Une fantaisie me prend de savoir si monsieur de Flagey a de l'esprit au bout de sa plume.
ROSINE
Très à coup sûr il en a, et du meilleur, je vous en réponds. — Votre servante, madame ; je vous laisse en bonne compagnie.