‹ Théâtre completChapitre 14 sur 143 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

LESBIE, CHRYSÉLIS

LESBIE

Suis-je éveillée?... Un rêve ! un rêve horrible ! 11 se marie?... Oh ! non, non ! cen'est pas possible... Lui, lui! se marier?...

CHRYSELIS.

Eh ! ce serait pour toi, Lesbie, un accident des plus heureux, crois-moi. Vivre comme tu vis maintenant, est-ce vivre?

Autrefois, mille amants empressés à te suivre...

LESBIE

L'ingrat ! m'abandonner, me trahir sans pitié, Quand pour lui, Chrysélis, j'ai tout sacrifié !

Je le vois maintenant : cette amour sans pareille Dont sa trompeuse voix m'avait charmé l'oreille, M'échappe, et me voilà, sans espoir désormais, Comprenant, mais trop tard, qu'il ne m'aima jamais!...

CHRYSÉL1S.

Trop tard? non. Si Catulle abdique son empire,

Point de lâches regrets; c'est: tant mieux! qu'il faut dire.

Souviens-toi du passé. Ces fiers patriciens

r Dont le monde est l'esclave, ils étaient tous les tiens ;

Dans tes appartements, les parfums d'Arabie",

Comme aux autels des Dieux, brûlaient devant Lesbie,

Et cette Cité-Reine, ivre de tant d'orgueil,

Toi, tu l'agenouillais à tes pieds, — d'un coup d'œil !

Un beau jour, quand chacun t'environne et t'envie, .

A tant d'empressements tu dérobes ta vie...

€e fut un bruit dans Rome ! et tout cela, pourquoi?

Pour quelques méchants vers d'un poète sans foi.

Eh ! qu'est-ce que des vers ! Mais dans Rome étonnée

Tu peux reconquérir ta haute destinée :

Fais un signe, Lesbie, et tu verras, demain,

Si l'amour, de ton seuil, sait encor le chemin. ,

Chaque jour, enchaînant de nouvelles conquêtes,

L'éclat de ton triomphe et le bruit de tes fêtes

Au moude émerveillé conteront tes splendeurs ;

A l'abri désormais de ces folles ardeurs

Que Catulle te fait expier par des larmes,

Tu comprendras enfin tout le prix de tes charmes,

Et sachant immoler, un rêve à d'autres soins,

Tu régneras d'autant que ton cœur battra moins.

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