‹ Théâtre completChapitre 44 sur 143 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

NÉÈRE

Vous ne l'y suivez pas?

Si vous me l'ordonnez?... sinon, le tête-à-tête Avec vous me paraît une bien autre fête, Et ce cher Eutyclès devrait à deux genoux...

Mais, pardon ! j'oubliais que vous êtes époux.

NÉÈRE

C'est donc une raison?

Sans doute. Pour sa femme Un vrai mari ne doit garder amour ni flamme.

Ces choses-là, c'est bon pour les femmes d'autrui. Dédaigneux Eutyclès! si j'avais, comme lui, M'appartenant, m'aimant, une femme accomplie, Tout exprès mise au monde afin d'être jolie... Je ne ne quitterais pas, pour l'univers entier,, Le tranquille bonheur assis à mon foyer.

C'est à désespérer du cœur de notre espèce !

Les plus beaux yeux ! le plus joli pied de la Grèce !

{ Mouvement de Néère. )

Et quand il peut vous voir lui sourire... il s'en va Écouter les propos qu'on tient sur l'Agora !

NÉÈRE

Ses affaires.

DIPHTLE.

Jamais ! La paresse incarnée.

Il s'ennuie à mourir et bâille à la journée.

NÉÈRE

Vous vous trompez, Diphile, et la preuve : pourquoi N'aurait- il plus une heure à passer près de moi?

C'est un ingrat. Payer de tant d'indifférence L'affection d'un cœur pur comme l'innocence!

Madame, j'en connais qui donneraient leur sang, Pour remplacer ici votre Eutyclès absent.

Pas une qui vous vaille et qui soit aussi belle ! À vos séductions qu'un mari soit rebelle?

C'est l'habitude. Mais combien, si vous vouliez, Se croiraient trop heureux de rester à vos pieds ; Combien qui, pour un mot de vous, pour un sourire, Pour vous voir seulement, et pour oser vous dire L'amour qui les enflamme...

Assez ! Et c'est ici, Diphile, c'est à moi que vous parlez ainsi?

Mais je vous écoutais sans oser vous comprendre.

Avant de m'accuser, du moins daignez m'entendre ; Avant de déchaîner votre indignation, Laissez du moins, laissez parler ma passion.

Je vous aime, Néère...

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