ACTE PREMIER
NÉÈRE
Encore ! et c'est la femme D'Eutyclès, votre ami, que vous osez...
DIPHTLE.
Madame!...
NÉÈRE
En venir à ce point de ne respecter rien !
Traiter en courtisane une femme de bien !
Oser ainsi, le front superbe et la voix sûre, Lui parler d'un amour qui devient une injure, Et, pour comble d'outrage, être allé jusque-là, D'avoir conçu l'espoir que Ton y répondra !
Un dernier mot. Non pas que je cherche une excuse Pour pallier des torts que ma franchise accuse. Oui, j'espérais trouver un plus facile accueil ; Oui, je songeais bien plus au succès qu'à recueil. Vivant mal, j'en conviens, j'avais fini par croire Que la vertu n'était que de la vieille histoire, Et qu'Athènes, rompant avec l'austérité, Ne croyait plus à rien, le plaisir excepté. Grâce pour mon offense ! et, je vous en supplie, Oubliant les écarts d'un moment de folie, • De ma confusion prenez quelque pitié...
NÉÈRE
Que la leçon vous serve, et j'ai tout oublié.
DIPH1LE.
Néère, à votre tour, recevez ma promesse,..
NÉÈRE
J'ai de meilleurs remparts : ma foi dans la Déesse, Mon amour pour un autre, et dans le fond du cœur, Le culte tout vivant de la sainte pudeur.
Je vous pardonne donc; allez, allez, Diphile, Allez cueillir ailleurs un myrte plus facile, Et songez qu'à défaut de vertu, sur mon seuil, Entre nous deux encor resterait mon orgueil.